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Les locaux d’Addax à Genève.
© Bloomberg

Justice

Une dose de pragmatisme pour clore l’affaire Addax

Le parquet genevois classe la procédure pour corruption visant la société pétrolière et deux de ses dirigeants. L’Etat encaisse 31 millions de francs en guise de réparation. Les frais d’enquête, arrêtés à 50 000 francs, sont aussi mis à charge d’Addax

Addax Petroleum passe à la caisse et accepte de verser 31 millions de francs à titre de réparation en faveur de l’Etat de Genève afin de mettre un terme à la procédure pour corruption qui ternissait l’image de la société. Les deux responsables également prévenus dans cette affaire, le directeur chinois Yi Zhang et le chef du département juridique Guus Klusener, n’ont pas eu besoin de mettre la main au porte-monnaie pour bénéficier du classement général annoncé mercredi par le Ministère public genevois.

Investigations soutenues

En quatre mois d’une intense enquête, le premier procureur Yves Bertossa a envoyé les dirigeants plusieurs semaines à Champ-Dollon, mené des perquisitions et tenu 17 audiences. Il a aussi abouti à la conclusion qu’une bonne partie des quelque 66 millions de dollars versés en 2014 et 2015 en faveur de divers prestataires au Nigeria, ou encore des 3 millions versés au Gabon, n’était pas assez documentée et demeurait donc suspecte. La poursuite des investigations, notamment par le biais de commissions rogatoires sur place, s’annonçait toutefois laborieuse et très incertaine.

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«Aux yeux du Ministère public, c’est une issue pragmatique pour ce type de procédures complexes à instruire et dans lesquelles il est souvent difficile d’aboutir dans des délais raisonnables», souligne Yves Bertossa afin d’expliquer ce classement. La courte ordonnance, dont Le Temps a obtenu copie, précise que les prévenus «considèrent qu’aucune intention délictueuse n’a été identifiée». Ceux-ci reconnaissent toutefois que d’éventuels manquements organisationnels au sein d’Addax pouvaient expliquer les lacunes et les incertitudes entourant ces paiements.

Pas de sanctions à l’interne

Selon l’ordonnance, la société a assuré vouloir améliorer ses processus internes de lutte contre la corruption. Le communiqué du Ministère public indique encore que celle-ci «a pris des mesures pour renouveler son personnel dirigeant à Genève». Contacté, Me Lionel Halpérin, conseil d’Addax, société rachetée par le géant chinois Sinopec, tient toutefois à préciser qu’«aucune sanction interne n’a été prononcée contre un quelconque employé».

Yi Zhang a retrouvé son poste depuis sa sortie de prison, et sera sans doute bientôt appelé ailleurs par Pékin. «Il arrive au bout de sa période prévue ici», ajoute Me Halpérin. L’avocat de l’intéressé, Me Saverio Lembo, se limite à une courte déclaration: «Mon client est très satisfait de l’issue de cette procédure.» Quant au Néerlandais Guus Klusener, ce dernier a pris sa retraite à la fin juin. «Ce départ était agendé depuis plus d’une année et n’a donc rien à voir avec cette affaire», relève son défenseur, Me Vincent Spira.

Pour concocter cette solution, le procureur s’est référé à l’article 53 du Code pénal, qui permet de mettre fin à une procédure lorsque le prévenu répare le dommage autant que faire se peut et rétablit une situation conforme à la loi. Une disposition déjà appliquée lors de l’accord à 40 millions passé, il y a deux ans, avec HSBC. «Ce type d’arrangement ne doit pas devenir la règle», estime Yves Bertossa. Mais il peut parfois s’avérer utile et surtout très avantageux pour les caisses publiques.

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