La situation économique de la Russie est morose. Pour un pays que l’on peut classer comme «émergent», la performance est très décevante. Au 1er trimestre, la croissance a été d’un peu plus de 1,1% et ne devrait guère dépasser les 2% pour l’ensemble de l’année.

En fait, l’économie russe n’est toujours pas mature. «C’est une économie fondée sur la consommation et la redistribution de la rente pétrolière», explique Natalia Orlova, cheffe économiste de la banque Alfa, la plus grande banque privée du pays. Le budget de l’Etat (les trois quarts) est financé par les ventes d’hydrocarbures et de minerais. Le gouvernement Poutine en use et en abuse. Une part substantielle des dépenses de l’Etat sont de nature sociale et ont servi, depuis 2007, à revaloriser les retraites, à raison d’une augmentation moyenne de 30% par an. L’effet est spectaculaire dans un pays de 140 millions d’habitants qui compte pas moins de 40 millions de pensionnés. Dans la même veine, le gouvernement a considérablement renforcé la fonction publique, forte de 20 millions de personnes. Ici aussi, les salaires ont été revalorisés de 14% en 2012.

La situation dans l’économie privée est plus difficile. «Pour beaucoup d’entrepreneurs privés, la concurrence des salaires du secteur public devient problématique», témoigne une femme entrepreneuse, par ailleurs très critique sur la qualité des services publics qui se détérioreraient fortement.

Le clientélisme

En fait, le président Poutine mène une politique sociale qui lui assure un soutien dans une partie importante de la population. C’est durable tant que les prix des hydrocarbures sont élevés mais très dangereux s’ils devaient baisser. Et surtout, le pays n’investit pas suffisamment dans l’éducation et les infrastructures. Il ne prépare pas l’avenir, disent les ­opposants. Les petites et moyennes entreprises (PME) ne représentent que 16% de l’économie russe.

Le clientélisme de Poutine nourrit la colère d’un secteur privé qui a de la peine à s’émanciper d’un Etat qui contrôle tout. «En Russie, les hommes d’affaires qui ont réussi ne trouvent pas de projets où investir. Ils sont contraints à s’expatrier, même dans le secteur immobilier, où la pénurie de logements est maintenue artificiellement», explique un bon connaisseur du marché intérieur. Enfin, l’économie russe est gangrenée par la corruption que l’on appelle à Moscou «prendre sa tranche». «L’intermédiaire, le fonctionnaire et l’entrepreneur prennent chacun leur part. Si l’on fait abstraction de la morale, c’est un système qui ne pose pas un vrai problème à ses bénéficiaires mais qui est totalement dissuasif et impénétrable pour des investisseurs étrangers. D’ailleurs, leur part recule.» De retour de Sotchi, un commerçant en vins nous confie: «Dans ce projet, je peux vous dire que les tranches de gâteau sont nombreuses et épaisses.»