Depuis mars et le semi-confinement imposé par le coronavirus, les autorités helvétiques ont déboursé des dizaines de milliards de francs pour tenter de compenser les pertes. Il n’en fallait pas moins. Le produit intérieur brut a chuté de 8,2% au deuxième trimestre. C’est historique!

Trois instruments en action

Trois instruments ont été principalement utilisés pour voler au secours des entreprises et des ménages. Le premier avait déjà fait ses preuves lors de crises précédentes: le chômage partiel. Six mois après la paralysie, près d’un million de travailleurs suisses occupés dans 190 000 entreprises en ont bénéficié. Inutile de dire que ce fut, ici aussi, un record absolu. La Confédération a versé un peu plus de 20 milliards de francs à l’assurance chômage pour lui permettre de verser ses indemnités.

Fig. 1. Evolution trimestrielle du PIB Suisse (QoQ%)

Le deuxième outil, sorti des tiroirs fédéraux et bancaires, prit la forme de crédits-relais. En quelques jours, voire en quelques heures, des milliers de crédits garantis par la Confédération ont été libérés à une vitesse folle, de quoi donner des cauchemars à n’importe quel vérificateur de solvabilité. Certes, il y a eu quelques ratés, mais au final, 20 milliards, puis 40 milliards de francs ont été mis à disposition des petites et des grandes entreprises. C’était visiblement trop ambitieux: la jauge s’était arrêtée à 16,8 milliards. Cependant, ces crédits sont des prêts; ils devraient donc, si tout va bien, être remboursés dans les cinq à sept ans à venir.

Plus inédite encore que les crédits-relais fut la troisième mesure phare: les aides aux indépendants. Par le biais de l’assurance perte de gain (APG), 5,3 milliards de francs ont été versés à ces travailleurs qui, pendant quelques semaines de mars et d’avril, avaient craint d’être abandonnés à leur sort.

Soutiens ciblés et aides cantonales

Des soutiens ciblés sont, par ailleurs, venus s’ajouter à ce paquet de mesures. On peut citer les 2 milliards d’aides et de garanties fournis à Swiss, à Edelweiss, à Skyguide ou à SR Technics. Un coup de pouce qui a provoqué des grincements de dents, notamment chez les Verts. Environ 800 millions ont été versés aux compagnies de transports publics, frappées de plein fouet par les conséquences de la pandémie. On mentionnera également les 2,1 milliards dépensés pour garnir les stocks de la pharmacie de l’armée ou les 290 millions alloués aux tests de dépistage du coronavirus. Au total, ce sont 31 milliards de francs, auxquels il faut ajouter les 16 milliards de crédits-relais, qui ont ainsi été débloqués en peu de temps.

Fig. 2. Variation annuelle des dépenses de la Confédération (YoY%)

Outre la Confédération, les cantons ont aussi mis la main au porte-monnaie. Et pas qu’un peu! Des dizaines, parfois des centaines de millions de francs, ont été libérés sous forme de reports d’impôts, d’exemptions de loyers, d’aide aux secteurs agricole, culturel et sportif, de bons aux touristes, comme ce fut le cas en Valais. Difficile d’avoir une vision exhaustive. On a parlé d’environ 2 milliards de francs au total. C’est dire l’importance de ce soutien.

Ces dépenses grèveront immanquablement les comptes fédéraux: de 17 milliards cette année, de 14 milliards en 2021. La Suisse s’endettera pour les financer. Mais cela ne semble pas être un problème, lorsqu’on sait qu’elle est considérée comme un débiteur très sûr. La preuve? Elle emprunte le plus souvent à taux zéro. Autrement dit, les investisseurs sont prêts à lui confier leur argent sans rien en échange. C’est, aujourd’hui, le prix de la confiance.

Trop ou pas assez?

Désormais, l’inédit va se frotter à la normalité. Certaines de ces dépenses extraordinaires doivent encore être validées par les parlements. Mais la raison d’Etat devrait l’emporter sur la résistance de quelques opposants. Même les plus fidèles adeptes de la discipline budgétaire ont compris que l’heure n’était pas au dogmatisme.

Mais rien n’est tout à fait figé. Des économistes estiment que le calcul actuel est surestimé, que tout cet argent ne sera pas utilisé. D’autres pensent, en revanche, qu’il faut s’attendre, à l’aube d’un automne redouté sur le front sanitaire, à l’émergence de nouveaux besoins. L’industrie, qui devrait vivre un troisième trimestre très délicat, mais aussi les compagnies de navigation ou aériennes et, bien entendu, les voyagistes n’ont sans doute pas fini d’appeler à l’aide.

Il y a toutefois déjà une certitude: cette générosité, totalement inédite dans l’histoire moderne de la Suisse, maintient, pour l’instant, l’économie helvétique sous perfusion.