La City de Londres a été mardi le théâtre d'un rassemblement inédit d'autorités politiques, religieuses et de représentants du gotha mondial. Le Grand rabbin de Grande-Bretagne, le cardinal Raffaele, émissaire du Vatican, ou bien encore la reine Rania de Jordanie... Autant de personnalités réunies sous l'égide de Gordon Brown, le chancelier de l'échiquier, pour saluer une émission obligataire d'un genre nouveau.

Les chefs de file Goldman Sachs et Deutsche Bank ont orchestré l'émission pour un milliard de dollars d'obligations d'échéance cinq ans, dites «obligations vaccination». Cette opération est la première tranche d'un programme de 4 milliards destiné à financer une campagne de vaccination dans 70 pays pauvres. Une tournée commerciale en Europe le mois passé laissait escompter un accueil chaleureux du marché. Il a dépassé les attentes: la demande a été 1,75 fois supérieure à l'offre. 35% des titres ont été acquis par des organismes publics, 50% par des gérants de fonds ou de caisses de pension, le reste par des particuliers (dont Bono et le pape), des banques ou assureurs. 8% des souscripteurs sont Suisses.

En pratique, c'est l'IFFIm (Facilité internationale de financement pour la vaccination), une entité supranationale dont la Banque mondiale gère la trésorerie, qui a émis ce titre. La levée de fonds bénéficiera exclusivement à GAVI, une organisation rassemblant les parties prenantes à la vaccination à travers le monde (lire encadré). L'émission, comme l'IFFIm, sont créditées d'un triple A par les agences de notation, la meilleure note qui soit. Et pour cause. Les intérêts et le remboursement de l'emprunt seront honorés par huit pays, dont la Grande-Bretagne et la France, qui se sont engagés à débloquer près de 4 milliards de dollars dans les vingt prochaines années. Cette note «reflète le soutien fort de plusieurs pays industrialisés hautement solvables et la politique financière prudente de l'IFFIm», souligne Standard & Poor's. Comme n'importe quel titre, l'obligation pourra s'échanger sur le marché secondaire. Elle servira un taux annuel de 5,019%, supérieur de 0,31% à celui d'un bon du Trésor américain à 5 ans. «Il s'agit d'un investissement éthique. Mais son rendement se devait d'être compétitif», explique Jean-Pierre Le Calvez, responsable des relations extérieures de GAVI.

«Nous avons traité cette émission comme une émission supranationale ordinaire», explique pour sa part Goldman Sachs. En d'autres termes, aucun rabais de commission n'a été consenti à l'IFFIm. «Mais depuis quatre années, nous avons été les conseillers financiers du projet sans le moindre frais», précise la banque.

Cette émission répond à deux objectifs. D'un côté, celui de rendre immédiatement disponibles des fonds qui permettront à GAVI de lancer les vaccinations à grande échelle, gage, selon elle, d'une meilleure efficacité qu'une mise en œuvre au compte-gouttes du programme. De l'autre, elle autorise l'étalement dans le temps des répercussions budgétaires des contributions dans les pays donateurs. Le succès de l'opération pourrait augurer d'une évolution dans la manière dont ces derniers conçoivent leur aide. Gordon Brown, à qui l'on doit la paternité du concept, estime que ce mode de financement pourrait permettre de dégager 50 milliards de dollars par an pour alimenter l'aide au développement.