Wolfgang Gross l'avoue sans fard: il passe le plus souvent possible ses samedis et dimanches à Mannheim, où son épouse est restée. Bodo Broedek a pour sa part un pied-à-terre à Görlitz, la ville voisine de Hirschfelde qui ne manque pas de cachet, mais il passe ses week-ends à Dresde. Leurs choix de vie illustrent la difficulté majeure de Fit GmbH au moment où la PME est en expansion: attirer du personnel qualifié dans une région peu attractive.

La grande majorité des chômeurs n'ont pas les qualités requises; les jeunes quittent l'Oberlausitz; sur le marché du travail, les salaires des spécialistes (chimistes, agents de marketing ou de vente, informaticiens) deviennent prohibitifs. Engager des Polonais ou des Tchèques? «Il ne faut pas rêver. La langue est un obstacle et je cherche surtout des personnes qui connaissent parfaitement l'Allemagne et ses marchés.»

Fit GmbH n'emploie, à quelques exceptions près, que du personnel est-allemand. «C'est ma responsabilité sociale de patron, mais c'est aussi une politique raisonnable», explique Wolfgang Gross. Le succès de l'entreprise s'est construit sur une forte adhésion du personnel à une opération de sauvetage. L'histoire du produit et le sort de l'Allemagne de l'Est dans le processus de réunification ont développé un sentiment de fierté qui entre pour beaucoup dans la modernisation réussie de la société. Voilà qui devrait calmer le fantasme des Allemands de l'Est angoissés à l'idée que la main-d'œuvre bon marché accourue des pays voisins leur volera leurs emplois le jour où la frontière sera effacée.

Et qu'en est-il des marchés alléchants et à portée de main qu'offrent la Pologne et la Tchéquie aux entreprises allemandes? «C'est clair, notre avenir à long terme est de l'autre côté de la frontière», déclare le patron de Fit. Mais son regard tourné vers la Pologne est pensif. Les embûches sont de taille, surtout sur le marché polonais, explique-t-il. La taille du pays et ses réseaux de vente éclatés dressent un obstacle important. «Aussi longtemps que le secteur de la distribution n'aura pas subi une profonde restructuration, ce sera très difficile de percer en Pologne», pronostique l'entrepreneur allemand.