Swissmetal annonçait début juillet un chiffre d'affaires semestriel de 107,8 millions de francs (+19% par rapport à 2002) et un résultat d'exploitation (EBIT) de 6,9 millions (+273%). «Notre carnet de commandes a enregistré une hausse de 33%, nous avons engagé plusieurs dizaines de personnes depuis le début de l'année, et notre société, refinancée, est engagée sur la voie d'une croissance stable», souligne son directeur, Martin Hellweg. Sans se prononcer sur les perspectives pour 2005, il ajoute que ce volume de travail est assuré au moins jusqu'à la fin du premier trimestre de l'année prochaine.

Autant dire que Martin Hellweg, pas vraiment surpris par la grève qu'il qualifie d'«émotionnelle», ne cache pas l'irritation qu'elle lui inspire: «Qu'il y ait un sentiment de mécontentement diffus face à l'effort d'intégration et de flexibilisation demandé, je peux le comprendre. Nous expliquons notre démarche au personnel et sommes toujours prêts à discuter de points concrets. Mais nous n'avons reçu aucune revendication officielle ni avant, ni après le début de la grève. C'est tout de même très inhabituel pour la Suisse.»

Augmentation de capital

Tout en précisant qu'aujourd'hui, «il ne peut plus y avoir de garantie absolue quant à l'emploi», le directeur affirme qu'il n'est pas question de délocaliser la production au détriment de Reconvilier. Au contraire, le site est «un bijou» dans la branche, et les salaires pratiqués chez Swissmetal sont supérieurs de 15% à la moyenne de l'industrie, affirme Martin Hellweg. Est-il exact, comme le disent les ouvriers, que l'usine jurassienne génère la plus grande partie des bénéfices de la société, alors que le pouvoir semble glisser vers l'autre site, à Dornach? «Dans les produits de pointe, la marge bénéficiaire est légèrement meilleure à Reconvilier», reconnaît Martin Hellweg, Dornach étant aussi plus axé sur la production de masse, moins profitable. Mais le site soleurois a aussi consenti les plus gros sacrifices en termes d'emploi (plus de 70 licenciements).

Car si l'année 2004 s'annonce bonne pour Swissmetal, l'entreprise revient de loin. L'acquisition malheureuse de la société allemande Busch-Jaeger en 1990 avait entraîné des pertes estimées entre 50 et 75 millions de francs et un surendettement. Début juillet, les actionnaires de Swissmetal (dont UBS à hauteur de 15,5%, European Renaissance Fund et Relag pour 12% chacun) ont accepté un assainissement comprenant une augmentation de capital de 51,3 millions de francs. Précédemment, les banques avaient renoncé à 6,3 millions de créances.