La croissance de Zurich est médiocre en comparaison avec les autres métropoles, selon une étude du BAK Basel Economics présentée hier à l'occasion du «Benchmarking Forum», en présence de 250 personnalités. L'institut bâlois propose de porter l'effort sur les conditions-cadres et de miser sur l'innovation.

Elmar Ledergerber, maire de la ville, appelé à commenter cette étude, se dit «embarrassé» par les conclusions et demande de ne pas les surestimer.

Entre 2000 et 2003, Zurich est la lanterne rouge en termes de croissance, au sein d'un classement dominé par Boston et Luxembourg. Durant cette période, le PIB a reculé annuellement de 0,7% sur les bords de la Limmat. Les perspectives pour 2004 et 2005 sont moyennes, selon l'institut bâlois, qui prévoit une croissance de respectivement 1,7% et 1,9%.

Le PIB zurichois par habitant atteint 39 000 dollars, soit presque autant qu'à Genève, mais 25% de moins qu'à Bruxelles et Francfort. La métropole helvétique a récemment été dépassée par Boston, New York et Luxembourg. Le problème de Zurich est aisément identifiable. Il touche à sa faible productivité, laquelle a encore décliné ces dernières années. Elle a par exemple baissé de 4% par an dans la finance.

L'intérêt des travaux de Christoph Koellreuter, le directeur du BAK, se situe dans l'analyse de plus en plus approfondie des déterminants de la croissance régionale.

Conditions-cadres problématiques

Il en ressort que le déficit de croissance n'est pas dû à la composition de son tissu économique, ce que le BAK nomme l'effet structurel, positif à hauteur de 0,5%. Zurich gagne un franc sur quatre dans la finance, soit cinq fois plus que les autres villes européennes. Elle n'est dépassée sur ce plan-là que par Luxembourg et Genève. Entre 1995 et 2000, la valeur ajoutée de la finance zurichoise s'est accrue de 6% par an, avant de chuter ces trois dernières années de 3,3% par an.

L'effet global n'est pas davantage en cause. Résultat de la croissance européenne, il est positif de 16% entre 1996 et 2002.

Le défaut de croissance de Zurich est avant tout le résultat de l'effet dit régional, fruit des décisions politiques locales, qui est négatif de 5%. Selon Pia Lichti, économiste du BAK, il traduit les conditions-cadres et leur impact sur l'économie. Directeur de la Banque Cantonale de Zurich, Martin Scholl se plaît à constater que «pour une fois, une étude ne montre pas du doigt le niveau des salaires». Le responsable de la clientèle entreprises critique les blocages des associations environnementales et la bureaucratie.

L'étude du BAK indique des pistes permettant d'améliorer le potentiel de croissance: à Zurich, seuls 27% des actifs ont un diplôme de type universitaire (38% dans la finance). C'est 40% de moins qu'à Bruxelles, Londres, Boston et New York. Les résultats empiriques montrent qu'une augmentation de 10% de la main-d'œuvre de formation tertiaire se traduirait par un surplus de croissance annuelle de 0,6%.

L'imposition du personnel hautement qualifié joue aussi un rôle clé. Un allégement fiscal de 10% aurait ajouté 0,75% de croissance annuelle durant la période allant de 1996 à 2002, selon Pia Lichti. Si Zurich devait augmenter ses impôts et les porter au niveau de la moyenne européenne, elle réduirait son PIB de 0,9% par an.

L'innovation constitue un autre facteur de croissance dans lequel Zurich devrait investir, car son bilan y est mitigé. Entre 1996 et 2002, l'effet «innovation» apporte 1,75% au PIB de la ville de Zwingli. C'est nettement moins qu'à Genève et moitié moins qu'à Boston. Le niveau assez moyen de créations d'entreprises et un transfert technologique «nettement perfectible» sont compensés par la qualité exceptionnelle de la recherche en sciences. L'EPFZ est 27e, sur 500, dans un classement de la Shanghai Jia Tong University, et l'Uni de Zurich occupe un bon 57e rang.

Le BAK s'étonne toutefois du score médiocre de la recherche en finance dans la ville d'Alfred Escher.

L'essentiel devrait consister à créer les incitations à l'innovation, favoriser la concurrence dans tous les domaines, selon le BAK. Aymo Brunetti, directeur du Secrétariat d'Etat à l'économie, appuie ce discours. «Evitons d'adopter une politique sectorielle et concentrons-nous sur la fiscalité, l'innovation et l'ouverture internationale.»