Après le cabinet de conseil KPMG (LT du 02.06.2004), c'était jeudi au tour du cabinet de conseil Accenture de dévoiler les résultats d'une étude approfondie, celle-ci visant à dégager les principales tendances du secteur bancaire suisse à l'horizon de l'année 2010. Réalisée avec le concours de l'Université de Saint-Gall et du professeur Beat Bernet, l'analyse d'Accenture tend à relativiser certains pronostics pessimistes antérieurs. Selon les directeurs de banque questionnés (180 en tout), le secteur bancaire devrait, par exemple, subir une réduction de ses effectifs de 14% environ d'ici à 2010. Ce qui, sur un total de 160 000 personnes, se traduirait par la disparition de 22 000 emplois. Selon une autre étude publiée l'an dernier par l'Université de Saint-Gall (LT du 10.07. 2003), également sous la direction de Beat Bernet, le secteur financier helvétique (y compris les assurances) devait voir passer à la trappe de 40 000 à 60 000 emplois à la même échéance.

Autre conclusion de l'enquête d'Accenture: les salaires dans le secteur bancaire vont se réduire en termes relatifs pour se rapprocher de ceux de l'industrie, «même si certains spécialistes comme les conseillers à la clientèle expérimentés continueront à être rémunérés au-dessus de la moyenne», précise Beat R. Monnerat, associé du cabinet de conseil.

L'étude confirme par ailleurs la poursuite de la tendance aux regroupements bancaires. Une part de 83% des répondants s'attend en effet à une diminution moyenne de 12% du nombre de banques en Suisse d'ici à 2010. Ce qui réduirait le nombre d'établissements à 730 (840 à fin 2002). C'est dans la catégorie des banques Raiffeisen, des banques régionales et des caisses d'épargne que la concentration devrait être la plus forte (–15%), puis dans les banques de gestion de fortune (–11%), les banques cantonales (–9%) et dans les banques étrangères (–6%).

Les auteurs corrigent toutefois ces attentes en soulignant que le consensus politique requis pour une concentration des banques cantonales (par privatisations ou regroupements) fait encore défaut pour l'instant. Mais moins de banques ne veut pas dire moins d'acteurs sur le marché, selon Accenture: «Il faut s'attendre à voir apparaître de nouveaux intermédiaires financiers centrés sur des activités spécifiques. La concurrence accrue qui en résulterait maintiendrait ainsi une pression élevée sur les marges.»

Plus de sous-traitance

Dans le private banking, la concentration devrait surtout résulter de nouvelles acquisitions par les banques étrangères. Il ne faut guère s'attendre à une vague de rachats à l'étranger de la part des établissements helvétiques. Si les avantages compétitifs de la place financière suisse tendent à s'éroder et que le secret bancaire perd peu à peu de son importance, la Suisse continuera cependant à s'affirmer comme centre de gestion de fortune international, en dépit de l'émergence de centres régionaux à Singapour, pour l'Asie, et à Dubaï, pour la finance islamique, résume Beat Monnerat.

Les responsables interrogés s'attendent certes à une harmonisation avec l'UE des réglementations comptables (97% des réponses) et en matière de blanchiment (à hauteur de 74%), mais pas au niveau du secret bancaire (pour 61% des réponses) ni en matière fiscale (64%). Réalisée entre septembre 2003 et février 2004, l'étude ne prend donc pas en compte l'issue favorable de l'accord obtenu dernièrement sur le deuxième volet des bilatérales avec l'UE.

Elle met cependant en évidence le poids grandissant des réglementations, la spécialisation accrue des banques induite par la sous-traitance des activités non essentielles et le développement de nouveaux modèles tarifaires (voir graphique) et de distribution. A cet égard, la succursale bancaire traditionnelle retrouve une nouvelle jeunesse dans la banque grand public, non plus comme lieu de transactions principal mais comme centre de conseil.

L'analyse publiée jeudi par Accenture (la troisième du genre consacrée au secteur bancaire suisse, la précédente datant de 1992) est basée sur deux enquêtes successives effectuées auprès de 180 membres de direction de banques suisses. Elle est donc présentée comme représentative pour les banques de plus de 50 collaborateurs.