«En recevant l'étude, j'ai été surpris de constater que l'industrie chimique et pharmaceutique était devenue aussi importante pour la Suisse.» Thomas Cueni, secrétaire général d'Interpharma, l'association faîtière de la branche, ne peut que s'estimer satisfait des résultats du mandat confié à l'institut de recherche conjoncturelle BAK.

Augmentation fulgurante de la productivité, virage réussi dans la direction de la biotechnologie, progression de sa part de création de produit intérieur brut: l'industrie chimique et pharmaceutique a réalisé un parcours sans faute entre 1990 et 2000. Les conclusions de l'analyse du secteur par l'institut bâlois BAK sont sans équivoque.

La progression la plus nette est sans doute celle de la productivité, en partie réalisée grâce au phénomène de concentration. La spécialisation des entreprises dans des domaines d'affaires plus pointus et offrant des marges supérieures a contribué à la progression de la productivité de 9% en moyenne annuelle entre 1995 et 2000, alors que l'ensemble de l'économie affichait un taux de 1%. La performance est remarquable, dans un contexte international où l'augmentation est inférieure à 4%.

Corrélée à l'heure de travail, la productivité atteint 210 francs, soit plus du double de celle du secteur financier (100 francs) et plus du quadruple de la moyenne nationale (50 francs). En comparaison internationale, la chimie et la pharmacie suisses font légèrement mieux que les Etats-Unis (180 francs) et dépassent nettement la France ou la Grande-Bretagne (130 francs).

Fort îlot de croissance dans une Europe en perte de vitesse comparative, l'industrie pharmaceutique suisse est à même de rivaliser, à son échelle, avec les Etats-Unis, notamment en matière d'innovation. Ce dynamisme, favorisé par l'environnement de poids lourds comme Novartis, Roche ou Serono, se traduit par l'éclosion de dizaines d'entreprises de biotechnologies autour des trois pôles des Ecoles polytechniques fédérales (Lausanne et Zurich) et du centre «naturel» de recherche bâlois. Entre 1998 et l'an 2000, le nombre d'entreprises de ce type a doublé pour atteindre 130. «C'est un potentiel unique», souligne Thomas Cueni, en relevant que la biotechnologie absorbe 11% des dépenses en recherche et développement (R & D) de la branche.

Située au centre de l'Europe, la Suisse peut pourtant craindre de pâtir, à moyen terme, d'un affaiblissement du secteur chimique et pharmaceutique européen. En dix ans, les dépenses européennes de R & D ont triplé, alors qu'elles quintuplaient outre-Atlantique. Le déplacement des centres de recherche de firmes européennes vers les Etats-Unis est sensible. Daniel Vasella, CEO de Novartis, s'en inquiète, suite à la lecture de l'étude du BAK. «Deux tiers des instituts majeurs de biotechnologie se trouvent sur le continent américain. Trois fois plus de chercheurs qu'en Europe y travaillent. Et aucun changement de tendance ne se dessine.»

Concurrence avec l'industrie des machines

Thomas Cueni juge pourtant de manière «positive» les cinq prochaines années, «si la politique actuelle de stabilité et de dialogue» se poursuit. Le secrétaire général d'Interpharma pense moins au risque de blocage politique lors de la prochaine extension des brevets à la biotechnologie, qu'à celui de forte pression sur les coûts du système de santé – conduisant à une réduction du prix des médicaments, donc des budgets de recherche, notamment par des importations parallèles.

La montée en puissance de l'industrie chimique et pharmaceutique ces dix dernières années la place désormais au coude à coude avec l'industrie des machines en termes d'exportations (35 milliards de francs contre 37). Sa part au produit intérieur brut représente 5,1%, contre 14% pour le secteur financier.