Quand son client a été informé de la volonté de Credit Suisse de fermer son compte, elle l’a aidé à retirer environ un million de dollars en cash. Cette ex-banquière a recommandé à son client de faire quelques pas dans les rues de Zurich afin de trouver une autre banque qui serait d’accord de lui ouvrir un nouveau compte. Il a ainsi quitté l’établissement avec son million dans un sac en papier.

C’est ce genre de conseils qui a valu à la banquière zurichoise, Susanne R., ex-responsable du desk nord-américain de Credit Suisse à Zurich, d’être poursuivie comme plusieurs de ses chefs ou collègues par le Département américain de la Justice (DoJ). Ce dernier annonçait mercredi soir qu’elle avait accepté de plaider coupable d’avoir «conspiré à frauder les Etats-Unis».

D’après le document, elle a aidé ses clients à dissimuler des fonds après 2008, date à laquelle Credit Suisse a commencé à clôturer les comptes de ressortissants américains. Dans certains cas, elle a même donné des noms de banques qui accepteraient des clients américains, comme Bank Frey ou Wegelin, et y a transféré des fonds.

95% de clients américains

En mai 2014, Credit Suisse a plaidé coupable d’avoir aidé des clients à déroger à leurs obligations fiscales, avant d’être condamné en novembre de la même année à payer plus de deux milliards de dollars en amendes et en restitution de fonds, rappelle le DoJ. Plusieurs banquiers ont également plaidé coupables. Dans ce cas, le jugement sera prononcé le 8 septembre et la banquière risque jusqu’à cinq ans de prison.

Selon l’accord (plea agreement) passé entre le DoJ et Susanne R., cette dernière a admis avoir participé à une «conspiration large pour aider et assister des contribuables américains à évader les impôts sur le revenu en cachant des actifs et des revenus dans des comptes suisses secrets» entre 2002 et 2011. Selon le document, la responsable supervisait entre 1000 et 1500 relations clients, dont 140 à 150 étaient ses propres clients, à 95% américains, résidant à New York, Chicago et en Floride surtout, et possédant la somme totale de quelque 400 millions de dollars. La perte fiscale est évaluée entre 3,5 et 9,5 millions.

Cartes de visite sans logo

Dans les comportements jugés problématiques, le DoJ cite le fait d’avoir gardé en Suisse le courrier des clients, d’avoir structuré des retraits sous forme de chèques payables en montants de moins de 10 000 dollars envoyés par courrier outre-Atlantique et d’avoir arrangé des retraits dans des autres lieux, comme les Bahamas. Entre 20 et 30 clients ont également eu des structures – trusts, fondations, etc. – de façon à ce que leur nom n’apparaisse pas. La banquière a voyagé aux Etats-Unis environ deux fois par année, explique le DoJ, emportant avec elle des cartes de visite et des relevés bancaires sans logo de Credit Suisse pour brouiller les pistes, donnant également une autre adresse que celle de la banque à New York.

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