A première vue, le site de la swisscreditbank.com peut faire illusion. Tout y est pour faire croire aux consommateurs que cet établissement existe. Sa présentation imite à la perfection les sites bancaires officiels, graphisme compris, avec une déclinaison de services – personal banking, business banking, investing & trust… – digne des authentiques banques. La swisscreditbank.com va même plus loin en affichant un siège à Zurich et des filiales à Hongkong et au Canada. Même des références officielles comme celle de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) y sont mentionnées, au grand dam de l'institution américaine, qui dément formellement que cette banque soit un membre de son organisation de réassurance bancaire. L'automne dernier, l'agence fédérale, créée en 1933 en réponse au krach boursier et qui assure tous les crédits bancaires de ses 5300 membres dès qu'ils dépassent 100 000 dollars (123 000 francs), a tiré la sonnette d'alarme. L'autorité de surveillance de Hongkong, auprès de laquelle la banque n'est pas enregistrée, a fait de même. Elle tente par tous les moyens de faire interdire ce site frauduleux, basé en Chine. Sans résultats. Le site de la swisscreditbank.com est toujours actif.

Que fait la Commission fédérale des banques (CFB)? «Nous avons été alertés par un petit nombre de clients demandant des renseignements sur cette banque virtuelle», confirme Tanja Kocher, porte-parole. Mais la CFB n'est pas partie en guerre. Le seul moyen qu'a l'autorité de surveillance helvétique pour décourager les propriétaires de ce site est de résilier le numéro du fax indiqué sur le site auprès de Swisscom. Ce qui est fait, puisqu'il n'est plus en service. «La CFB ne fait pas des recherches systématiques sur Internet pour pourchasser les sites frauduleux, explique Tanja Kocher. C'est au client de vérifier si l'établissement est officiellement listé chez nous, donc s'il possède une licence bancaire.» En d'autres termes, le client doit attendre d'être pris au piège pour se défendre.

Même Credit Suisse Group, dont les propriétaires de ce site se sont largement inspirés pour le nom, n'a que peu de moyens pour réagir. En effet, le nom «suisse», même en anglais, n'est pas protégé. N'importe qui peut l'utiliser comme label. A part informer la Commission fédérale des banques et entamer une procédure arbitrale auprès de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), la banque ne peut pas pourchasser les propriétaires indélicats s'ils n'habitent pas la Suisse.

Dans leur avertissement, les autorités de surveillance de Hongkong signalent qu'outre Credit Suisse Group, d'autres banques étrangères sont victimes du même phénomène. Une filiale de Bank of China, HSBC, Schroeders et la DBS Bank lui ont aussi signalé des sites Internet douteux. Dans le grand annuaire des noms de domaines enregistrés, le http://www.whois.net, deux autres noms de site évoquant les banques suisses, non encore actifs, sont prêts à fonctionner: «euroswisscreditbank» et «swisscreditbankcorp». Indice qui devrait mettre en alerte les autorités de surveillance avant qu'un client n'ouvre un compte dans une banque fantôme.