Daniel Küng, directeur de l’organisation de promotion économique extérieure Switzerland Global Enterprise (S-GE), auparavant Osec, juge que l’accord de libre-échange avec la Chine apporte de nombreux avantages compétitifs aux petites et moyennes entreprises (PME) suisses par rapport aux autres firmes européennes. – Le Temps: Qu’apporte l’accord de libre-échange (ALE) avec la Chine aux petites et moyennes entreprises (PME) helvétiques? Daniel Küng: Cet accord est extrêmement important car la Suisse est jusqu’ici, avec l’Islande, le seul pays européen qui a signé un ALE avec la Chine. Une PME helvétique dispose d’un avantage certain par rapport à une entreprise active dans le même secteur basée en Allemagne, par exemple. L’ALE conclu avec la Chine porte sur de nombreux domaines qui vont bien au-delà de la seule réduction des droits de douane, qui atteindra 60% ou plus pour la moitié des produits exportés en Chine, dès son introduction. Il concerne aussi les services, la propriété intellectuelle, la garantie de l’origine des produits. A terme, il pourra aussi ouvrir de nouvelles des perspectives pour les services financiers, notamment afin de faire de la Suisse un hub pour les transactions en renminbi. – Cela nécessiterait toutefois l’aval de la Banque nationale. – Bien sûr. Fin mai, lors de la visite du premier ministre Li Keqiang en Suisse, Thomas Jordan, le président de la Banque nationale suisse, a souligné l’intérêt que le secteur financier suisse à cet accord. Si un accord entre les deux banques centrales suisse et chinoise peut être conclu dans le domaine des devises, cela aura un énorme impact supplémentaire: les banques chinoises viendraient alors en Suisse, attirant à leur tour des entreprises industrielles. – Pratiquement, quels avantages a une PME suisse en Chine comparé à d’autres entreprises européennes concurrentes suite à l’accord? – Premièrement, il ne faut pas sous-estimer le caractère symbolique d’un tel accord avec la Chine, un aspect important en Asie. Il signifie que la Chine considère la Suisse comme un partenaire important. Deuxièmement, il apporte une plus grande sécurité sur le plan juridique et en matière de planification. Troisièmement, il permet aux entreprises suisses de se positionner en avance d’un point de vue stratégique. Les PME helvétiques ont deux ou trois ans pour mettre à profit la «fenêtre d’opportunité» qui s’ouvre grâce à l’accord. – Depuis janvier, S-GE a déjà transmis 200 projets aux cantons ou aux promoteurs régionaux, contre 265 projets en 2012. Pourquoi? – Les investissements directs étrangers mondiaux, qui avaient reculé 2012, augmentent à nouveau. Ensuite, les dossiers issus d’Allemagne et de France sont plus nombreux, car en 2012 nous étions au milieu d’une réorganisation de nos représentations à Stuttgart et à Paris. En tout, nous prévoyons 350 dossiers prospectifs pour l’ensemble de 2013 qui seront transmis à nos interlocuteurs cantonaux ou régionaux. Tous ces projets ne débouchent pas sur une implantation d’entreprise en Suisse. Nous estimons que 10% de ces projets conduisent à l’ouverture d’un site. Cela peut créer entre 300 et 350 emplois, et générer entre 6 et 10 millions de revenus fiscaux supplémentaires. – Si la Suisse attire des nouvelles entreprises étrangères sur son sol, d’autres ont aussi annoncé fermer leurs sites de production, comme Biomet qui va supprimer plus de 200 emplois au Locle. L’an dernier, EP Systems a aussi éliminé 100 emplois à Neuchâtel. La Suisse est-elle encore compétitive en tant que site de production pour les entreprises internationales? – Il y a des sociétés qui viennent et d’autres qui s’en vont. Pour des activités axées uniquement sur la production, la situation en Suisse est devenue de plus en plus difficile à cause de la force du franc. Certes, la Suisse peut rester attrayante pour les activités de production hautement automatisées, car les coûts du capital sont bon marché en Suisse. Je crois davantage au potentiel de la place économique suisse pour des entreprises «intégrées», qui allient aussi bien des activités de recherche et de développement que de production et de transformation. A l’inverse des exemples négatifs évoqués précédemment, il y a aussi beaucoup d’exemples positifs, comme l’ouverture par Nestlé d’un nouveau site de production pour les capsules Nespresso à Romont qui créera quelque 400 postes de travail à moyen terme. – La promotion économique, axée auparavant sur les avantages fiscaux offerts aux multinationales pour attirer des unités de production, comme celle pratiquée à Neuchâtel dans les années 1990, a-t-elle fait fausse route? Faut-il se concentrer sur des activités à plus forte valeur ajoutée? – La promotion économique qui était alors menée, basée notamment sur les exemptions fiscales, était adaptée pour cette période. Aujourd’hui, c’est la combinaison des avantages qui mène au succès. La Suisse doit se positionner en tant que site de première qualité, car elle offre des atouts qu’aucune autre nation ne peut se prévaloir. Quand une firme comme les Japonais de DMG Mori Seiki s’installent à Winterthour, ils viennent à cause de la qualité des infrastructures, la proximité des universités et des hautes écoles, d’un aéroport proche. En outre, ils cherchent de la qualité de vie pour les cadres, des écoles internationales pour les enfants et la stabilité économique et politique. La Suisse doit mettre en avant tout ces atouts-là. – En ce qui concerne l’Asie, l’étude de comparaison internationale réalisée en collaboration avec l’institut BAK Basel indique que le Japon continuer de gagner en importance en tant qu’investisseur en Suisse. En 2011, les investissements directs japonais en Suisse ont atteint 2,7 milliards de dollars, contre seulement 0,2 milliard un an plus tôt. Comment l’expliquer? – Plusieurs entreprises japonaises se sont installées en Suisse récemment. Outre DMG Mori Seiki à Winterthour, on peut citer Nitto Denko à Lausanne. Le Japon a traversé une période de plus de dix années de stagnation et commence à se ressaisir. Le pays est du reste un important acteur à l’international, étant le 7e plus grand investisseur à l’étranger. Les entreprises japonaises disposent d’importantes réserves de liquidités qu’elles investissent en partie à l’étranger. Enfin, le fait que la Suisse a conclu un accord de libre-échange avec le Japon a peut-être aussi contribué à cette hausse des investissements dans notre pays.