Trajectoires divergentes pour deux des sociétés issues du démantèlement de Swissair en 2002. Au moment où Swissport se trouve un nouvel actionnaire, Gate Gourmet s'enfonce dans la crise. Faute de signer aujourd'hui un nouveau contrat plus favorable avec son client British Airways, la filiale du groupe située sur l'aéroport londonien d'Heathrow, 1400 salariés, déposera son bilan, a indiqué la direction.

Parallèlement, le personnel est en grève depuis deux semaines pour protester contre le licenciement de 670 de leurs collègues. Des démonstrations de solidarité de la part d'employés au sol de British Airways ont bloqué 100 000 passagers les 11 et 12 août. Il pourrait en résulter une facture de 85 millions de francs pour la compagnie aérienne.

La réduction du personnel et la renégociation du contrat avec British Airways visent le même objectif: stopper l'hémorragie. Gate Gourmet affirme perdre 54 millions de francs par an rien qu'en Grande-Bretagne. «Si nous ne parvenons pas à dégager un cash-flow positif dans ce pays, il vaut mieux ne pas y être», a indiqué David Siegel, le directeur général de Gate Gourmet nommé il y a un an. Cet ancien PDG d'US Airways a déplacé une partie de la direction de Zurich aux Etats-Unis.

En outre, le Daily Mirror a révélé que le management a envisagé d'exaspérer ses employés afin de les pousser à la faute et de les licencier en bloc. Gate Gourmet dément avoir mis en œuvre un tel plan. Son existence a toutefois été reconnue: il s'agissait de «propositions faites par des managers qui ont quitté la société», précise-t-elle dans un communiqué. Les syndicats supputent que les salariés britanniques devaient être remplacés par des intérimaires recrutés en Europe de l'Est.

Ces mesures aussi extrêmes interviennent dans un contexte de difficultés importantes. Gate Gourmet, qui est contrôlé par la société d'investissement américaine Texas Pacific Group, est en négociations avec des créanciers pour avoir omis de rembourser 700 millions de francs de dette. Une baisse de 35% du chiffre d'affaires du secteur de la restauration embarquée à bord des avions depuis 2000 est à l'origine de ces déboires.

Sur quelque 22 000 employés, environ 1200 sont basés en Suisse, dont 200 à Genève. «Contrairement à la Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, les opérations à Zurich et Genève sont rentables», affirme une source proche de la société. La suppression de 170 emplois est néanmoins envisagée à Zurich, rapportait le Tages Anzeiger en juin dernier. David Siegel a par ailleurs menacé de déménager l'ensemble du siège social aux Etats-Unis si le contrat entre Gate Gourmet et Swiss n'était pas renouvelé en 2007, selon la NZZ am Sonntag. Quelque 150 emplois sont en jeu.