Trois directeurs à la tête de la banque d’investissement. « Le Credit Suisse ne manque jamais de surprendre », écrit la NZZ dans son commentaire aux changements à la direction annoncés vendredi. La présence de deux co-directeurs crée souvent des frictions. « Avec trois chefs, les sources de conflits ne font que s’accroître », indique-t-il. Le New York Times lui emboite le pas. « Il y a foule à la tête de la banque d’investissement », écrit-il en titre. Il ajoute que « durant l’Empire romain, les trimuvirats se sont souvent terminés par une guerre civile ». Ce cas de figure est effectivement rare. Il ne s’est produit que brièvement dans une autre grande banque, la Bank of America, il y a trois ans.

Le chambardement lance un double débat. Est-ce que Brady Dougan, président de la direction, va prochainement être remplacé ? et est-ce que la banque d’investissement va accroître son pouvoir par rapport à la gestion de fortune ?

Pour le quotidien zurichois, les banquiers d’investissement ont pris le pouvoir au sein de la direction générale de dix personnes. Ermes Gallarotti observe que Brady Dougan lui-même est issu de cette division. A la Basler Zeitung (texte non disponible sur le web), même son de cloche. Le rapport est de cinq à deux en faveur de la banque d’investissement, écrit le quotidien bâlois. En plus, l’Américain Robert Shafir, co-directeur de la gestion de fortune, est aussi un ancien banquier d’investissement. Quant au rapport entre Américains et Suisses, il est de cinq à trois.

« L’impression prévaut que le Credit Suisse sera de plus en plus une banque d’investissement d’inspiration anglo-saxonne », selon la NZZ. C’est d’ailleurs inscrit dans son ADN et un point majeur de sa différence avec UBS. Pour le quotidien de la Falkenstrasse, les nominations sont d’autant plus surprenantes qu’on attendait un nouvel élan de la gestion de fortune. Celle-ci peine à répondre aux promesses de croissance. Il conclut qu’ « il n’y a jamais assez de personnes qui connaissent les marchés et leurs affaires. Mais le doute demeure ».

Gaël de Boissard ou Boris Collardi?

La course à la succession de Brady Dougan, en fonction depuis mai 2007, est relancée par ces changements. La Basler Zeitung n’hésite pas à publier la photo de Gaël de Boissard aux côtés de celle de l’actuel directeur général. A 47 ans, il prend la tête des très importantes activités de taux et sera également directeur de la région Europe et Moyen Orient (EMEA). Réputé extrêmement compétent dans son domaine, il lui manquerait l’aura nécessaire à un patron. « Il souffre de l’image du mathématicien et ingénieur un peu introverti », avance la BaZ. La thèse inverse est possible. A travers l’augmentation du nombre de directeurs de la banque d’investissement, les nominations pourraient aussi conforter l’idée du renforcement de Brady Dougan par le conseil d’administration.

Pour le NYT également, Gaël de Boissard semble favori. Mais le quotidien new-yorkais s’empresse d’imaginer une alternative. « Le Credit Suisse pourrait chercher à diviser au sein de la banque d’investissement pour ensuite nommer un successeur à Bardy Dougan qui viendrait de la gestion de fortune ». La grande banque cherche en effet à réduire la taille relative de la banque d’investissement. Le NYT cite enfin le nom de Boris Collardi, président de la direction de Julius Baer, comme autre possible prétendant aux fonctions suprêmes.

A la course à la succession, le communiqué de vendredi désigne clairement un perdant. Il s’agit d’Eric Varvel, 52 ans, ex co-directeur de la banque d’investissement et de l’Asie-Pacifique, et qui sort de la direction opérationnelle. Il serait trop proche de l’actionnaire du Qatar, estime la Basler Zeitung. En fait, selon le NYT, il faudra attendre le nom du remplaçant de Brady Dougan pour savoir si les changements de ce vendredi « ouvraient une nouvelle voie ou déblayaient le chemin ».