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Une foule de géants de la technologie ne sont pas durables

Facebook, Apple, Alibaba et bien d’autres ne satisfont pas aux critères des indices attentifs aux aspects environnementaux, sociaux ou de gouvernance. Les actions de ces géants garnissent pourtant de nombreux portefeuilles, même de la BNS

La plupart des épargnants pensent que leur portefeuille répond à leurs critères éthiques. S’ils possèdent des fonds de placement, ils peuvent toutefois se trouver fort surpris s’ils ne se penchent pas sur la composition réelle des produits qui ont pour référence un indice durable.

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L’un des indices qui sert de référence à beaucoup d’investisseurs attentifs aux problèmes environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) est le MSCI ESG Leaders. Il est présenté dans une étude récente de Credit Suisse Asset Management sur les indices durables. Le plus grand groupe du monde, Apple, en est exclu du fait de ses pratiques controversées.

Attention aux risques de sous-traitance

La performance environnementale des sous-traitants chinois du géant américain est fréquemment critiquée par des ONG. Les controverses à l’égard du groupe son nombreuses: inégalités salariales, obsolescence des portables et conditions de travail de certains sous-traitants. Le titre fait partie des principales participations de la Banque nationale suisse (BNS) (pour une valeur totale de 3,5 milliards de dollars) comme de Warren Buffett.

Mais sous l’angle éthique, l’investisseur devrait s’abstenir sur la base des critères ESG de l’indice MSCI World Leaders. En effet, malgré une bonne note ESG générale, le score en termes de pratiques controversées n’est que de 2 sur une échelle de 10 (0 étant la moins bonne note et 10 la meilleure), alors qu’il faut au moins obtenir 3 sur les thèmes analysés pour figurer dans l’indice. Dans le cas d’Apple, la plus mauvaise note concerne la gestion de la chaîne logistique.

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L'exception qui confirme la règle

Les autres géants de la technologie ne font pas davantage figure de modèles, mais chacun pour des raisons spécifiques. Amazon se voit par exemple reprocher de piètres relations avec les syndicats ainsi que sa gouvernance.

Microsoft est l’exception qui confirme la règle. Le groupe créé par Bill Gates obtient la note environnementale maximale. L’agence reconnaît sa politique proactive en matière de sécurité des données et de l’information. Microsoft est prêt à affronter le durcissement réglementaire qui a été mis en œuvre cette année.

La moitié des membres d’un indice à la trappe

Les grands groupes technologiques asiatiques peinent également à passer le filtre ESG de l’indice MSCI World Leaders. Samsung Electronics est exclu pour des raisons de gouvernance. En Chine, si Alibaba est exclu de l’indice MSCI Emerging Markets ESG Leaders, Tencent passe la rampe.

La sélection est drastique puisque 12 des 20 principaux membres de l’indice émergent sont exclus à cause du filtre ESG. La proportion passe même à 14 sur 20 pour les actions nord-américaines.

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Pour l’épargnant soucieux de réduire les émissions de CO2, l’agence de sélection des fonds Morningstar a évalué le risque carbone des fonds de placement européens avec son partenaire Sustainalytics. Dans une étude intitulée «Les propres, les sales et les grands», les auteurs évaluent ici la vulnérabilité des entreprises au risque de CO2 et agrègent les montants au niveau des fonds. Les plus «propres» obtiennent le label «Low carbon designation», symbolisé par une feuille verte. Sans surprise, tous les fonds en actions biotech et 61 des 69 fonds en santé obtiennent les meilleures notes. Sur les 37 fonds en grandes valeurs suisses, 31 sont verts.

Grande complexité

Les risques les plus élevés se situent dans les fonds en actions du secteur de l’énergie puisque aucun n’obtient le symbole vert. Il en va de même pour les fonds en actions russes et en actions émergentes d’Europe. Sur le plan des pays, les fonds en actions polonaises, turques, autrichiennes et thaïlandaises sont dans cette situation.

Plus l’épargnant se plonge dans l’analyse de ces critères et plus il s’aperçoit de la complexité de la branche. L’investisseur socialement responsable aimerait par exemple éviter les fabricants d’armes. Pour exclure les actions de ce domaine, il peut par exemple porter son choix sur un fonds qui s’appuie sur l’indice MSCI ex Controversial Weapons. La NZZ révèle que cette référence n’évite pas des producteurs d’armes atomiques.

En effet, la réglementation internationale autorise ces dernières, mais interdit leur prolifération. En vertu de cette logique, l’investisseur responsable, à l’image des membres de l’Association suisse pour des investissements responsables (ASIR), peut investir dans des producteurs américains d’armes atomiques, mais pas dans des fabricants indiens, l’Inde n’étant pas reconnue comme un Etat doté d’armes nucléaires.

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