L’invité

Une franchise élevée en maladie pourrait être contre-productive

Un relèvement de la franchise minimum à 2500 francs est une solution souvent avancée au problème des primes toujours plus chères. Mais c’est une idée qui pourrait à long terme s’avérer très coûteuse

Une des préoccupations majeures de la population suisse à la fin de chaque année civile est de décider comment faire face à l’augmentation des primes de l’assurance maladie. Une proposition souvent avancée est d’augmenter significativement la franchise et de la porter à sa valeur maximum pour les adultes, à savoir 2500 francs.

Est-ce bien raisonnable? Est-ce la panacée pour réduire de manière pérenne les augmentations de primes? N’en déplaise à ceux qui plaident pour une telle mesure, la réponse est sans conteste négative.

De fait, après une réduction ponctuelle des primes au maximum de 1450 francs par année, les augmentations vont reprendre de plus belle et il est probable qu’un grand nombre d’assurés se trouveront rapidement dans une situation financière pire que celle qu’ils connaissent aujourd’hui, notamment pour les raisons suivantes:

  1. Il n’existe pas en Suisse de franchise familiale, et les montants restant à charge de la famille pourront être élevés, en particulier si une franchise (au max. 600 francs) est appliquée à chaque enfant,
  2. Les subsides pour financer les primes ne vont pas augmenter, bien au contraire,
  3. L’effet de levier de la franchise: l’impact des augmentations inévitables des frais médicaux sur les primes d’assurance est d’autant plus marqué que la franchise est élevée et
  4. Un certain nombre d’assurés n’auront pas les moyens financiers d’assumer le coût des traitements préventifs primaires (pour éviter la survenance d’une maladie, par exemple le diabète) ou secondaires (la maladie est présente et l’objectif du traitement préventif est d’éviter l’apparition de complications), ce qui entraînera des surcoûts importants.

A ce sujet, il vaut la peine de relever des statistiques allemandes observées sur un ensemble de 150 000 diabétiques de type 2 suivis en moyenne pendant 13 ans, dont 7 avant le diagnostic du diabète. Les frais de traitement ambulatoires d’un diabétique sans/avec complications sont supérieurs de, respectivement, 200%/250% aux frais de traitement d’un assuré «normal». Quant aux frais de traitement hospitalier, ils sont supérieurs, respectivement, de 200%/300-600%. D’une manière générale, on peut donc dire que les traitements préventifs appliqués à des affections bien définies permettent de limiter fortement l’augmentation des coûts médicaux et qu’ils doivent être encouragés et subventionnés.

L’avantage des traitements préventifs

Voilà pourquoi aux Etats-Unis le «Obama Care Act» prévoit obligatoirement la couverture à 100%, hors franchise, de certains traitements préventifs primaires, tels que la détection du diabète de type 2 pour les adultes présentant une hypertension. Mais pour éviter que les diabétiques avec une franchise très élevée s’abstiennent de faire mesurer régulièrement leur taux de cholestérol ou de glucose, ou de faire contrôler leurs yeux ou leurs pieds, le «Center for Value-based Insurance Design» de l’Université de Michigan a suggéré en 2015 dans un rapport fort instructif de couvrir également à 100%, hors franchise, certains traitements préventifs secondaires.

A ma connaissance, en Suisse, aucun des promoteurs d’une franchise élevée n’a abordé le sujet de la prévention et de l’impact d’une franchise élevée sur le comportement des assurés à risque. Les conséquences à long terme de la non-prise en charge à 100% des traitements préventifs primaires et surtout secondaires ne sont-elles pas impérativement à évaluer avant d’augmenter massivement la franchise minimale?

Intervention coordonnée nécessaire

Même en couvrant à 100%, hors franchise, certains traitements préventifs, il serait utopique de croire qu’une augmentation significative de la franchise minimale réglerait une fois pour toutes la question des augmentations des primes maladie. Seule une intervention coordonnée sur l’ensemble des intervenants, à savoir les assurés, les assureurs et les prestataires de services, a une chance d’être efficace. Les politiques doivent laisser la place aux techniciens de l’assurance.

Depuis des années, on nous serine toujours la même rengaine mais finalement rien ne change vraiment, et les primes maladie continuent d’augmenter. J’ai bien essayé avec l’aide bénévole d’un grand consultant américain spécialisé en assurance maladie de mettre sur pied en Suisse une conférence dans l’espoir de faire bouger les choses.

A cet effet, j’ai pris contact avec trois associations d’assureurs, à savoir Cura Futura, Santé Suisse et l’Association Suisse d’Assurances. Toutes se sont montrées intéressées par le programme élaboré mais aucune de ses associations n’a accepté d’assumer la réalisation de la conférence. La question que l’on doit se poser est alors: l’existence de trois associations, nécessairement concurrentes pour justifier leur existence, ne peut-elle pas représenter en elle-même un obstacle majeur à la réalisation d’un objectif en principe commun, à savoir une assurance maladie de qualité à un prix abordable?


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