Consolidation

Une frénésie de rachats d’entreprises dans le monde

La croissance mondiale soutenue, l’accès aisé aux financements et des bourses prospères concourent au retour des grandes transactions

Une OPA à 9 milliards d’euros (10,6 milliards de francs) de l’énergéticien chinois China Three Gorges sur le portugais Energias de Portugal (EDP), l’acquisition pour 18 milliards d’euros d’actifs européens de l’américain Liberty Media par le britannique Vodafone, le oui à 46 milliards de livres (62 milliards de francs) de la biotech irlandaise Shire à son prétendant japonais Takeda... La frénésie de rachats d’entreprises à travers le monde s’intensifie. Entre le 1er janvier et le 10 mai, les fusions et acquisitions ont totalisé 1850 milliards de dollars (1854 milliards de francs), en hausse de 67% par rapport à la même période de 2017, selon Thomson Reuters.

La croissance soutenue de l’économie mondiale, un accès toujours aisé et bon marché aux financements, des bourses prospères: «La situation macroéconomique reste très favorable. En outre, la politique fiscale avantageuse aux Etats-Unis injecte du carburant supplémentaire dans le système. Cela profite aux entreprises américaines mais aussi aux multinationales européennes qui ont des filiales aux Etats-Unis», souligne Xavier Bindel, de J.P. Morgan.

Si les baisses d’impôts du président Donald Trump de décembre 2017 avaient laissé craindre une vague de rachats d’entreprises européennes par des Américains regorgeant de dollars, rien de tel ne s’est produit, à ce stade. Les groupes américains privilégient plutôt les rachats d’actions ou la consolidation domestique, à l’image de la reprise du gestionnaire de prescriptions médicales Express Scripts par l’assureur Cigna pour 67 milliards de dollars.

Surenchère d’acquisitions menée par les pharmas

«On observe une nette accélération de la consolidation. Les cibles sont finalement peu nombreuses et les groupes veulent rester maîtres de leur destin avant que le marché ne se retourne éventuellement», analyse Nicolas Desombre, coresponsable de la banque d’investissement de Citigroup en France. Les laboratoires pharmaceutiques entraînent tout le secteur dans une surenchère d’acquisitions. Pour mettre la main sur Shire, Takeda se prépare à signer le chèque le plus élevé jamais consenti par une société japonaise lors d’un rachat, selon le cabinet Dealogic.

L’acquisition de l’allemand Innogy par son compatriote E.ON témoigne de la poursuite des grandes manœuvres chez les énergéticiens. «Il y a de la recomposition dans l’air dans plusieurs secteurs en Europe, l’un des plus actifs étant celui de l’énergie», souligne David Azéma, associé de la banque d’affaires Perella Weinberg.

Valorisations élevées

Dans l’assurance, le directeur général d’Allianz, Oliver Bäte, a frappé les esprits en assurant au Financial Times, le 7 mai, être ouvert à une fusion entre égaux, tout en soulignant que les valorisations élevées constituaient un frein à la consolidation. Axa en sait quelque chose, la prime généreuse offerte pour conquérir l’assureur bermudien XL ayant été peu goûtée par ses actionnaires.

Les fonds d’investissement, dont les trésors de guerre débordent, participent aussi à cette débauche d’opérations qui marque le retour des méga-deals financiers. L’acquisition pour 10 milliards d’euros de la chimie de spécialité du néerlandais AkzoNobel par Carlyle constitue l’un des plus importants LBO (leveraged buy-out, rachat par effet de levier) monté en Europe continentale depuis la crise financière. «Comme les valorisations deviennent élevées dans le non-coté, les fonds de capital-investissement sont à la recherche de sociétés sous-évaluées en bourse», prévient Sophie Javary, responsable du corporate finance pour la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique chez BNP Paribas.

Dernier exemple en date, la reprise, dévoilée mardi, de SPS, la division service de paiements de l’opérateur de la bourse de Zurich SIX, par Worldline (groupe Atos). La transaction prévoit une participation de 27% de SIX dans Worldline et un apport en numéraire de 283 millions d’euros, soit au total un montant de 2,3 milliards d’euros.

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