Jean-Pierre Roth

«Une fuite sur nos décisions serait catastrophique»

Changement à la BNS

Le Temps: Au sujet de votre fonction propre, quel est vraiment le rôle du président, un arbitre ou un inspirateur? Jean-Pierre Roth: Tout d’abord, notre tâche ne consiste pas qu’à prendre des décisions de politiques monétaires. Le directoire est à la fois le CEO (ndlr: directeur général) collectif de cette maison, un triumvirat exécutif et en même temps le comité de politique monétaire – comme en dispose la Banque d’Angleterre. Le rôle du président consiste à mener une équipe, afin qu’elle travaille de manière cohérente et soudée, dans une bonne atmosphère. Parler d’inspirateur me semble exagéré, car il ne dispose pas d’une voix prépondérante ni du monopole des idées.

– Quand est définitivement arrêtée une décision de politique monétaire? – Deux heures avant sa publication. Il est tout simplement impossible de la prendre plus tôt car les marchés peuvent changer du tout au tout dans l’intervalle. Et puis une fuite serait pour nous catastrophique en termes de réputation, alors que le phénomène est plutôt courant et bénin en politique.

– Combien de personnes sont dans la confidence? – Douze, et ce sont toujours les mêmes. Lorsque j’ai repris la présidence, succédant à Hans Meyer, j’ai tenu à formaliser beaucoup plus nos réunions, de manière à avoir une liturgie. Nous procédons dans un esprit de check-list, où le directoire écoute ses experts. Le premier cercle de discussion est large. Nous nous limitons ensuite aux douze personnes précitées, auxquelles le président fait une proposition, qui est discutée. Cette formalisation est bénéfique.

– Ce mode de fonctionnement existe-t-il dans d’autres banques centrales? – Toutes les banques centrales ont leur manière de travailler. La Réserve fédérale américaine, où j’ai effectué un stage en 1991, se caractérise par exemple par de nombreuses interactions entre le «board», soit la direction, et l’état-major. Je m’en suis inspiré. D’autres travaillent avec des comités de politique monétaire. Chez nous, je mets par ailleurs un point d’honneur à laisser les économistes travailler en toute indépendance, sans interférer dans leurs prévisions d’inflation.

– Comment procédez-vous? – En quittant la salle lorsqu’ils commencent à en discuter. Lorsque les économistes reviennent vers moi, je ne sais pas quel a été leur débat.

– Pourriez-vous envisager de publier un procès-verbal de vos réunions, à l’instar de ce qui se fait aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne? – J’ai toujours trouvé que c’était une mauvaise idée, parce que cela pervertirait le travail d’une équipe de trois personnes. Si chacun, au moment de sa décision, se demandait ce que tel ou tel journal va dire le lendemain, la situation deviendrait difficile. Rappelez-vous à ce titre que dans les années 1990, lors de la crise économique et immobilière, la presse n’était alors pas commode avec la BNS. Si elle avait su qui disait quoi dans les réunions de politique monétaire, les décisions auraient pu en être affectées. L’argument des économistes qui défendent une transparence totale au motif que cela serait bénéfique est purement théorique, sans aucune portée pratique.

– Quelques mots sur votre nomination en 2001. Elle fut une surprise puisque tout le monde attendait Bruno Gehrig… – Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’une majorité du Conseil fédéral a voté pour moi! Je ne connais pas les détails. Comme d’habitude, le vice-président est devenu président. La seule chose unique, de mon point de vue, c’est que Bruno Gehrig et moi avons exactement le même âge, le même type de formation et sommes arrivés en même temps à la direction générale de la BNS.

– Votre élection surprise a-t-elle affecté le travail du directoire? – Absolument pas, tout s’est très bien passé. Nous avons toujours travaillé en harmonie, sans donner l’impression de nous quereller.

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