Chimie

Une fusion entre DuPont et Dow Chemical transformerait aussi le secteur de la chimie en Suisse

Présent à Genève depuis 1959, l’ex-Du Pont de Nemours International emploie 480 personnes dans la cité de Calvin. Dow Chemical compte quelque 700 collaborateurs en Suisse alémanique

Une nouvelle fusion géante, estimée à quelque 120 milliards de dollars, se dessine dans le domaine de la chimie. Dow Chemical, le numéro deux mondial du secteur, et DuPont, sont en négociation en vue d’un rapprochement, affirmait mardi l’agence AFP en s’appuyant sur des sources bancaires. Les discussions sont déjà un stade «avancé», renchérissait Bloomberg mercredi.

Quelle que soit l’évolution réelle des négociations en cours, un rapprochement entre les deux groupes américains, qui emploient respectivement environ 53 000 personnes pour Dow Chemical et un peu plus de 52 000 personnes pour DuPont, transformerait en profondeur le secteur. Le premier a réalisé un chiffre d’affaires de 58 milliards de dollars en 2014, le second de 35 milliards. Avec des ventes annuelles cumulées de plus de 90 milliards de dollars ou de francs, la nouvelle entité devancerait l’actuel numéro un de la branche, le groupe allemand BASF qui a réalisé un chiffre d’affaires de 74 milliards d’euros l’an dernier, soit environ 80 milliards de francs. Une telle transaction serait la deuxième la plus importante annoncée en 2015 après le mariage à 160 milliards de dollars entre Pfizer et Allergan.

Un centre de recherche d’importance mondiale à Meyrin

Une fusion entre les deux multinationales de la chimie aurait aussi une forte incidence sur la Suisse, et Genève en particulier. Présente dans la cité de Calvin depuis 1959 sous le nom de Du Pont de Nemours International, la firme américaine dispose de deux sites en région genevoise. D’une part, il y a le siège régional pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique (EMEA), basé au Grand-Saconnex, qui regroupe les fonctions de quartier général. D’autre part, le centre technique pour l’Europe (ETC) situé à Meyrin. Ce centre de recherche et développement, qui figure parmi les huit que compte le groupe au niveau mondial, est aussi le plus important en Europe. Ses recherches portent sur des domaines allant des articles sportifs à la photovoltaïque et elles sont utilisées sur le plan mondial, explique Hélène Lebrun, porte-parole pour DuPont en Suisse. Au sujet de la fusion elle-même, la responsable a rappelé que le groupe «ne commente pas les rumeurs ou spéculations». S’y ajoutent deux sites à Lugano (DuPont Pioneer Europe) et à Kreuzlingen (Nutrition & Health). En tout, la multinationale emploie quelque 560 personnes en Suisse.

Dow emploie 700 personnes en Suisse alémanique

Dow Chemical emploie de son côté quelque 700 personnes en Suisse. Principalement à Horgen, au bord du lac de Zurich, où il est présent depuis 1974. Le site inclut le centre administratif régional pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique ainsi qu’une unité de recherche et développement. Ses activités portent diverses applications, incluant notamment des matériaux d’isolation pour les réfrigérateurs et les bâtiments. S’y ajoutent un deuxième centre de recherche situé quelques kilomètres plus loin à Freienbach, un autre à Lucerne, ainsi qu’un site de production à Buchs (Saint-Gall).
Quelle serait l’incidence sur l’emploi en Suisse d’une telle fusion? Il est trop tôt pour l’évaluer. Selon un analyste qui couvre la chimie, les activités liées aux fonctions de siège régional seraient certainement davantage exposées que celles qui se rapportent à la recherche et au développement.

Rebond de l’action de Syngenta

Mercredi, les marchés semblaient croire à un scénario de fusion: les deux titres se sont envolés de plus de 11% à l’ouverture à New York. Les rumeurs de rapprochement entre les deux groupes américains ont aussi ravivé les spéculations sur l’avenir de Syngenta. Hier, l’action du groupe agro-chimique bâlois a rebondi de 1,7% à 366 francs, la plus forte hausse de l’indice SMI. En cas de fusion entre les deux groupes américains, le projet de rapprochement, qui a échoué jusqu’ici, entre Syngenta et Monsanto pourrait être relancé. Selon divers médias américains, DuPont serait en pourparlers à la fois avec Dow et Syngenta. «Ces discussions seraient peu surprenantes, du fait que Dow a récemment mentionné qu’il étudiait de multiples options pour son unité d’agrochimie et après que DuPont ait déclaré être en discussion avec d’autres acteurs du secteur», relevait la banque Bordier & Cie dans une note. Si le projet de fusion se concrétise, la pression pourrait augmenter sur Syngenta, contraint de réagir pour protéger ses parts de marché, estimaient de leur côté les analystes de Helvea Baader. Pas de doute, c’est la carte de l’ensemble de la branche de la chimie et de l’agrochimie qui est en train d’être redessinée.

Publicité