Chimie

Une fusion entre Sinochem et ChemChina pourrait profiter à Syngenta

Depuis des mois, le marché spécule sur la création du plus grand groupe chimique du monde. Un des buts serait de réduire l'endettement des deux groupes, selon le «Financial Times»

Le marché en parle depuis des mois, malgré les démentis des intéressés. Mardi pourtant, le Financial Times (FT) est revenu à la charge citant des «banquiers asiatiques proches» de la Sasac, l’agence publique qui supervise les entreprises publiques chinoises. La fusion entre Sinochem et ChemChina serait en préparation. L’opération pourrait affecter le groupe bâlois Syngenta. Ses actionnaires ont approuvé la semaine passée son rachat par ChemChina, une opération à bout touchant de quelque 43 milliards de dollars lancée il y a plus d’une année, la plus importante jamais menée à l’étranger par un groupe basé en Chine.

Le nouveau champion chinois de la chimie, des fertilisants et du pétrole pèserait 100 milliards de chiffre d’affaires. Interrogé sur le rapprochement à Hongkong en janvier lors de l’Asian Financial Forum, le patron de Sinochem avait répondu: «Non, non, c’est une rumeur qui circule depuis un moment.» Cité par le quotidien britannique, le chef de la Sasac a déclaré ne «pas avoir vu de nouvelles» à ce sujet.

Une assise renforcée

Selon le FT, la fusion renforcerait l’assise financière de ChemChina pour absorber le géant suisse de l’agrochimie. Bloomberg a calculé que les dettes de ChemChina représentent 256% de son capital, contre 128% pour celles de Sinochem. «L’endettement de ChemChina est tout simplement énorme. Sans le soutien de l’Etat chinois, il ne tiendrait pas et on peut supposer que le rapprochement a un but d’abord financier», confirme David Baverez, un investisseur français établi à Hongkong, et qui vient de publier Paris-Pékin Express: La nouvelle Chine racontée au futur Président (Ed. François Bourin). David Baverez rappelle que ChemChina a récemment indiqué vouloir accélérer le retour en bourse de Pirelli, moins de deux ans après l’avoir acheté.

Contourner les restrictions chinoises

De son côté, poursuit David Baverez, Sinochem pourrait profiter de la transaction pour placer des capitaux qu’il détiendrait à l’étranger. L’opération contournerait les contraintes des autorités chinoises qui restreignent les sorties de fonds, afin de contrôler le yuan. Cette hypothèse reste à vérifier car Syngenta est actif dans un domaine jugé stratégique par Pékin, nourrir 1,4 milliard d’habitants. Son rachat devrait donc échapper au contrôle des capitaux. Raison pour laquelle David Baverez ne croit pas que la reprise du groupe bâlois soit en danger. Mardi à la mi-journée, l’action Syngenta progressait de 0,32% dans un marché lui aussi en hausse.

Si le géant Sinochem-ChemChina devait naître, la transaction pourrait toutefois avoir un impact sur Syngenta en raison de la division Sinofert, qui se présente comme le premier importateur et producteur de fertilisants en Chine. Sans oublier la réaction des autorités de la concurrence européenne et américaine, alors qu’il leur a fallu une année pour valider, sous certaines conditions, l’offre d’achat sur le groupe suisse par ChemChina.

Enfin, reste l’équation humaine. Ren Jianxin, qui a créé ChemChina à coups d’acquisitions, est réputé mener son groupe comme un «one-man-show».

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