* Responsable de la gestion de portefeuilles pour la clientèle privée chez Lombard Odier

Le constat est amer pour la grande majorité des investisseurs: malgré la reprise des bourses amorcée en mars 2009, les portefeuilles de valeurs mobilières n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant-crise. Par exemple, un portefeuille constitué de 40% d’actions et de 60% d’obligations est en retrait de 8,5% sur la période d’octobre 2007 à octobre 2011, alors qu’un portefeuille construit avec des proportions inverses présente un décalage de 19,5%. Il aurait fallu 75% d’obligations pour que le portefeuille maintienne sa valeur initiale (sans tenir compte de frais de gestion ou de l’imposition de dividendes).

L’exercice de comparaison avec le passé a ses limites car dans l’intervalle les taux d’intérêt se sont contractés à des niveaux planchers. Le taux à 10 ans de la Confédération suisse a perdu 1,98% pour passer de 2,98 à 1,00%, tandis que le taux à 2 ans a reculé de 2,46% pour échouer à 0,03%. Nous observons le même phénomène en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, fruit de politiques monétaires ultra-accommodantes et de perspectives de croissance et d’inflation anémiques.

Au présent, l’effet sur les portefeuilles d’actifs se fait ressentir puisque non seulement les attentes de rendements sont revues à la baisse, mais de plus le coussin protecteur obligataire s’est dégonflé. Associons à cela un régime de volatilité très soutenu, amplifié par des politiques monétaires non conventionnelles et des sorties de crise différées voire aléatoires, et nous saisissons mieux la nature du cocktail qui est servi: il est explosif.

Notre propos est de souligner qu’il ne s’agit pas d’une fatalité. Pour créer de la valeur dans un environnement de taux bas et de marchés volatils, le gérant de fortune doit être au bénéfice de certaines aptitudes qui vont au-delà d’une allocation statique. Les difficultés actuelles trouvent leur origine dans les cycles d’endettements successifs qui nous ont conduits, depuis la fin des années 90, au déficit des entreprises, des ménages puis des gouvernements.

Les mécanismes de correction – voulue ou forcée – de l’excès d’endettement ont une influence considérable sur le prix des actifs. Pour naviguer en ces eaux troubles, le gérant de fortune doit en saisir les enjeux et positionner son portefeuille en conséquence. La cure d’amaigrissement des Etats s’accompagne par exemple d’une réduction des bilans des banques commerciales, donc de leur rendement sur fonds propres, ainsi que de politiques visant à une dépréciation compétitive des devises.

Nous avions identifié très tôt ces implications. Par conséquent, nous sommes restés en dehors des titres bancaires, nous avons choisi de couvrir l’essentiel du risque de change des actifs en dehors de la monnaie de référence et d’investir une part importante des portefeuilles de nos clients dans l’or physique.

La volatilité actuelle a un caractère durable dans un contexte d’incertitude et de risque élevé. Devons-nous pour autant fuir la réactivité des marchés qui oscillent entre espoir et désespoir? Nous sommes de l’avis contraire, à savoir que les clients peuvent en bénéficier, à condition toutefois de mettre à profit une expertise de gestion active et une compétence dans la construction de portefeuilles.

L’hyper-sélectivité dans les titres qui composent les portefeuilles aussi bien que l’utilisation de stratégies de dérivés relient ces deux notions.

A notre avis, le contexte actuel donne toute sa valeur, voire sa saveur, à la construction de portefeuilles de conviction.

En matière obligataire, nous associons une sélection drastique des émetteurs et des pays à une gestion active du risque de taux par le biais de contrats à terme sur des emprunts d’Etat allemands (Euro Bund) et de la Confédération suisse.

Pour les actions, l’exposition des sociétés aux différentes régions du monde est hétérogène, la santé bilantaire des entreprises l’est tout autant, leur dépendance aux dépenses gouvernementales est inégale, et toutes n’ont pas la même maîtrise de leur flux de trésorerie. Les mouvements de marché n’ont pas de discernement, ils nous permettent néanmoins de soigner les points d’entrée sur les meilleures sociétés et de gérer séparément le risque de marché, typiquement via des options sur l’Eurostoxx 50. Voilà plusieurs caractéristiques qui justifient de privilégier une gestion active de conviction à une gestion passive, forcément approximative.

Et la construction de portefeuilles me direz-vous? Elle s’adapte aux circonstances: les positions sont déterminées graduellement, la prise de profit est systématique et les stratégies optionnelles sont construites pour saisir les points d’inflexion. Ce contexte inédit préfigure la gestion de fortune privée de demain. Nous vous y souhaitons la bienvenue.