Les assurés ne peuvent plus payer leurs primes et les assureurs maladie ne peuvent pas répercuter la hausse des coûts. Si des mesures correctrices de grande ampleur ne sont pas prises, «un effondrement financier de l’assurance de base n’est pas à exclure à moyen terme», selon une étude de la société d’audit et de conseil EY Suisse, présentée mardi à la presse.

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Le débat sur des interventions étatiques, comme celui de la caisse unique, va donc repartir de plus belle. Il est urgent que les assureurs réagissent rapidement et apportent des solutions. Leur premier défi consiste à reprendre le contrôle sur leurs coûts, selon EY.

800 francs par personne en 2030


L’assuré est la première victime du système. Les primes mensuelles de l’assurance de base, aujourd’hui de 396 francs en moyenne par personne, monteront bien au-delà des 800 francs en 2030, prévoit EY. «Cette augmentation massive des coûts réduira le pouvoir d’achat des ménages privés de manière significative. Une grande majorité de la population ne pourra plus supporter les primes de l’assurance maladie obligatoire. De même, très peu de personnes pourront encore se permettre des assurances complémentaires», commente Yamin Gröninger, responsable du développement des affaires du secteur assurances chez EY Suisse.

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Les primes représentent 6 % du budget des ménages. En 2030, elles risquent d’atteindre 11% du total si aucune mesure n’est entreprise.

Le système de santé suisse est coûteux. Depuis 1990, le PIB s’est accru de 90 % et les coûts de la santé de 165 %. Et d’ici 2030, ils devraient encore augmenter de 60% pour atteindre 116 milliards de francs, selon la société. Les raisons de cette explosion sont à chercher, selon EY, dans les «incitations inopportunes et des dysfonctionnements ainsi que des facteurs exogènes comme le progrès médical, l’augmentation des maladies chroniques et le vieillissement de la population».

Les frais ambulatoires ont augmenté de 22% depuis 2010, soit bien au-delà des traitements stationnaires (+12%). Or ils sont entièrement supportés par les assureurs. Les cantons ont ainsi un intérêt financier majeur à freiner la croissance des traitements stationnaires, regrette EY. Au total, les ménages paient 63% des coûts de la santé et l’État 37%. L’avenir n’est pas plus favorable. Les privés devraient voir leurs charges encore augmenter, selon EY.

Les assurés prêts à partager leurs données médicales

Les assureurs maladie doivent soit développer leur position stratégique de manière évolutive et survivent, soit transformer leur modèle d’affaires («Revolution») et exploiter de nouvelles sources de revenu à moyen et long terme («Thriving»), selon l’étude.

Le salut peut venir en partie de l’innovation. «Des possibilités de croissance et de création de valeur se présentent par exemple à travers le traitement et l’analyse de données de santé. L’introduction du dossier électronique du patient favorise cette évolution» propose EY. Le consultant cite les programmes de prévention basés sur des données et le conseil en matière de santé et de nutrition.

Le patient est ouvert au changement. 60 % des assurés se disent prêts à partager leurs données de santé s’ils reçoivent en échange une compensation de la part de l’assureur, selon un sondage réalisé par EY. Mais tout dépend des informations recherchées. La disponibilité la plus élevée concerne le nombre de pas par jour, devant les habitudes de fumer, les données de fitness.

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Par contre, les ménages sont plus réticents à indiquer leurs habitudes alimentaires, la qualité de leur sommeil et leur niveau de stress. Des exemples sont disponibles. CSS MayStep a lancé une offre qui garantit un rabais si l’assuré fait au moins 10 000 pas par jour. Sanitas a introduit une solution qui permet de contrôler les effets conjugués des substances absorbées lorsque les patients prennent au moins 5 médicaments par jour. La numérisation joue un rôle clé dans les stratégies orientées vers l’avenir, souligne Alexander Lacher, coauteur de l’étude. Mais l'innovation débute à peine.