Près de 4500 vols annulés, 100 000 passagers perturbés, un coût encore non chiffré officiellement, mais qui devrait dépasser plusieurs millions de livres: la grève surprise de quelques centaines de personnels au sol de British Airways (BA), vendredi et samedi, a pris des proportions gigantesques. Depuis plusieurs jours, le chaos règne à l'aéroport d'Heathrow à Londres (voir ci-contre), principalement au terminal 4, qui est utilisé pour les vols internationaux de la compagnie britannique. Hier, la situation revenait doucement à la normale, aucun vol n'ayant été annulé, et les départs depuis le terminal 4 n'ayant en moyenne «que» 30 minutes de retard.

La controverse concerne l'introduction d'une carte magnétique que les employés de British Airways auraient dû utiliser à partir d'hier, pour «pointer» leurs horaires d'arrivée et de départ. La direction assure qu'il s'agit «simplement de passer d'un enregistrement papier à un système informatique», mais les syndicats craignent que cette carte ne soit employée à terme comme un outil de flexibilité. «Les employés craignent que cela ne mène à un système où on les appelle quand on a besoin d'eux, et qu'on leur demande sinon de rester chez eux», témoigne un syndicaliste. «C'est un changement important, qui met en danger le système des horaires actuel», ajoute un porte-parole du syndicat minoritaire Amicus.

Cette carte était en négociation depuis de long mois, et était couplée avec une légère augmentation des salaires de 3%, qui est entrée en vigueur en avril. Mais les discussions n'étaient pas terminées, clament les syndicats. Vendredi pourtant, la direction annonçait sa mise en place soudaine pour hier. Immédiatement, quelques centaines d'employés au sol décidaient de débrayer, sans prévenir les syndicats.

La surprise de cette grève explique l'ampleur de la pagaille qui a régné à Heathrow. Depuis, la direction a accepté de retarder l'échéance d'une journée, pour une mise en place, officiellement, aujourd'hui à midi. Les négociations continuaient hier soir. «Mais après la première journée de négociation, nos négociateurs étaient soucieux du manque de flexibilité de la direction», s'inquiète le syndicat Amicus. Hier, en début de soirée, personne ne semblait croire à une résolution rapide du conflit. Et bien que le trafic soit à peu près revenu à la normale, la crise pourrait encore durer longtemps.

Au-delà des problèmes de la carte magnétique, cet affrontement social à British Airways dénote le malaise profond qui y règne. En un an, le nombre de salariés est passé de 59 000 à 49 000. 3000 emplois de plus devraient disparaître d'ici à septembre. Cette réduction drastique des effectifs fait partie d'un plan plus large pour réduire les coûts. La direction déclare fièrement que ceux-ci ont baissé de plus de 7% en 2002, et que l'entreprise a récemment retrouvé la profitabilité, malgré un mauvais premier trimestre 2003. Mais les tensions sociales engendrées par cet «écrémage» ont provoqué une cassure entre les employés et les dirigeants. «Le moral était déjà très bas», note une porte-parole de la principale organisation syndicale, le Transport and General Workers Union. L'introduction de la carte magnétique a donc été la goutte de trop, le révélateur de la crise ambiante.

«Ces deux dernières années ont été terribles pour le transport aérien», souligne un porte-parole de British Airways. Le 11 septembre, l'attentat de Bali, suivi de la guerre en Irak, puis la crise du SRAS ont fortement touché la compagnie britannique. La concurrence directe de nouvelles compagnies à faibles coûts, tels que Ryanair et easyJet, ont enfoncé le clou. Enfin, la mise au placard du Concorde a continué à démoraliser les troupes. Le retour de la confiance à BA risque de prendre beaucoup de temps.