Le Temps. Où peuvent aller les prix du brut? A 200 dollars, comme l'annoncent déjà certains?

Sadek Boussena: Nous sommes en réalité dans une phase de recherche de nouveaux équilibres. Ce qui semble acquis, c'est que le marché continuera de vivre avec une forte volatilité des cours, à la hausse... comme à la baisse. Ne me demandez pas où le prix sera dans six mois. Entre 80 et 120 dollars? Trop de variables sont en jeu pour avancer une prévision. En ce qui concerne les prix moyens à cinq ans, ceux-ci tourneront probablement autour de 100 dollars. L'inflation des coûts d'extraction milite pour cette tendance: 60 dollars apparaissent le minimum requis par les compagnies pétrolières pour se lancer dans des investissements. - Un monde confronté à un pétrole à 100 dollars? Qu'est-ce que cela va changer?

- Tout d'abord, les producteurs repenseront le rythme d'exploitation de leurs réserves. Il est impensable que, avec de tels niveaux de revenus, ceux-ci n'essaient pas de prolonger la vie de ces réserves. Parfois, pour les valoriser, il vaut mieux laisser les hydrocarbures en terre que de les extraire et de les transformer en dépôts bancaires ou placements financiers qui ne rapportent guère. Du côté des pays importateurs, ceux-ci vont renouveler leurs politiques énergétiques, cherchant des alternatives aux hydrocarbures, diversifiant leur accès aux ressources... - Un nouveau choc pétrolier se prépare?

- L'impact le plus problématique sera la réaction des pays les plus pauvres. En Europe, le litre de super peut passer de 1 à 1,50 euro sans entraîner de cataclysme. Mais, face à un baril à 100 dollars, les pays les moins développés ne pourront plus rêver de moyens de transport utilisant des carburants. Nous ne sommes plus au XIXe siècle: ces populations n'ignorent rien du reste du monde, veulent à leur tour accéder au développement économique. Or, sans transports, pas de développement possible. Si nous ne trouvons pas des solutions alternatives ou de soutien, nous risquons d'aller vers de graves crises qui finiront par toucher le reste du monde. Cette catastrophe sera encore plus importante si elle survient au moment où la facture alimentaire s'envole.