Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
L’Argentine vit l’une des pires sécheresses de ces trente dernières années.
© Sebastian Pani/AP

Agriculture

Une grave sécheresse pénalise l’économie argentine

Troisième producteur mondial de soja, l’Argentine pourrait perdre 0,7% de son produit intérieur brut, à cause du manque de précipitations

Les jours de pluie enregistrés durant les deux dernières semaines n’y ont rien changé. L’Argentine vit l’une des pires sécheresses de ces trente dernières années. A San Antonio de Areco, ville d’environ 25 000 habitants, située à 120 km au nord-ouest de Buenos Aires, les champs de soja, en grande majorité transgéniques, ont une couleur brunâtre. Ils s’étendent à perte de vue. Dans ce décor typique de la pampa argentine, de vastes plaines recouvertes de graminées, seule la présence d’arbres parfois centenaires offrent un espace d’ombre sous un soleil de plomb.

Les platanes, les frênes et les érables séparent le campo, autrement dit les surfaces agricoles, des maisons. Celle de Juan José Guilhamelou, agriculteur de 70 ans et de cinquième génération, est située à 13 km du centre d’Areco. Un long chemin de terre irrégulier qui semble avoir traversé les siècles constitue la seule voie d’accès. L’habitation d’un étage, aujourd’hui en ruine, a été construite par les arrière-grands-parents de Juan José Guilhamelou il y a cent trente-cinq ans. Recouverte d’un toit en tôle, la maison sert avant tout d’entrepôt pour les machines.

Des dégâts hétérogènes

En face, un énorme champ de soja, dont l’œil ne perçoit pas la fin. «Il fait cent hectares, soit une taille moyenne dans la région agricole d’Areco. Les surfaces arables s’y étendent sur 55 000 hectares», souligne Juan José Guilhamelou. Cela correspond à environ deux fois la surface du canton de Genève.

Sur une moitié de l’année, il cultive du soja, sur l’autre du blé. La sécheresse qui touche l’Argentine depuis le début de l’année ne l’a pas épargné. «J’évalue ma perte de rendement sur le soja dans une fourchette de 25% à 30%. La qualité de notre terrain est très hétérogène, ce qui fait que j’ai pu limiter les pertes par rapport à d’autres agriculteurs. Cette année, j’ai planté du soja non transgénique, mais la sécheresse touche autant le soja OGM très majoritaire dans la région d’Areco que le mien», témoigne-t-il.

Selon Juan José Guilhamelou, la sécheresse touche de manière différente les récoltes actuelles. Car celles-ci peuvent dépendre des précédentes. Un agriculteur qui a planté deux années de suite du soja peut être davantage affecté que lui, qui a choisi d’alterner la production de soja avec du maïs et du blé sur un sol assez aéré. «Le rendement dépendra aussi des réserves d’eau dans mon sol et de ce que les récoltes précédentes ont épuisé. Ce sont finalement des facteurs très aléatoires qui peuvent influencer les récoltes», souligne-t-il.

La prochaine récolte déjà pénalisée

Durant les trois premiers mois de l’année, dans la région d’Areco, 100 à 120 millimètres de pluie sont tombés. C’est trois fois moins qu’en temps normal. A une quinzaine de kilomètres du terrain de Juan José Guilhamelou, la sécheresse a dévasté un champ de soja transgénique. «Dans celui-ci, on observe que huit plants de soja sur dix sont secs. Les précipitations futures n’auront aucune influence. On peut en déduire que la quantité de soja récoltée sera de 300 à 350 kilos par hectare, contre 3000 à 3500 kilos pour une année normale. Pour cet agriculteur, les pertes seront élevées», témoigne Martin Vivanco, président d’ARPA, Association régionale des producteurs d’Areco, qui compte environ 200 membres.

La hausse des prix du soja, d’environ 10% durant les six derniers mois, a certes permis de réduire les pertes financières, mais pas de compenser totalement celles liées à la récolte. «Au final, cette augmentation pèse aussi sur la prochaine récolte, car je devrais payer les intrants plus cher. La sécheresse impacte aussi ma capacité de financement. Elle sera plus faible pour la prochaine récolte», déplore Juan José Guilhamelou.

Pertes de 4,6 milliards de dollars

Au niveau national, la sécheresse a un impact majeur sur l’agriculture qui représente environ 10% du produit intérieur brut (PIB) argentin. Troisième producteur mondial de soja derrière le Brésil et les Etats-Unis, les exportations de cette matière première agricole et de ses dérivés représentaient 17,4 milliards de dollars en 2016, soit 30% des exportations totales.

L’Argentine est même le leader mondial du soja destiné à l’alimentation animale, notamment le bétail et les cochons en Europe et en Asie. Si l’Argentine a pu bénéficier de la forte croissance de la demande mondiale pour le soja, ses producteurs souffrent d’une taxe à l’exportation de 28,5%. Elle sera réduite à 24% à fin 2018, mais cette baisse ne compensera que partiellement la chute de la production.

Selon la bourse du commerce de Rosario, les pertes liées à la sécheresse sur le soja et le maïs, second produit agricole de l’Argentine, dépasseront 4,6 milliards de dollars. Cela représente 0,7% du PIB argentin estimé par le FMI pour 2018. L’institut a révisé, le 24 avril, à la baisse ses prévisions de croissance. En raison notamment de la sécheresse, le PIB devrait augmenter de 2% et non de 2,5% comme estimé en octobre dernier.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)