Les dépenses liées à la sécurité compensent en partie l'apathie des investissements. Entreprises et ménages ont ralenti leurs investissements ces derniers mois dans un contexte d'incertitude générale. Si le gouvernement fédéral américain augmente ses dépenses, notamment dans le domaine de la technologie, les experts ne croient pas cependant que ces derniers suffiront. Le cabinet Gartner Group fait remarquer que les investissements des entreprises privées dans les nouvelles technologies avec 2000 milliards de dollars par an représentent 30 fois ceux du gouvernement fédéral. Certains se demandent même jusqu'à quel point les dépenses liées à la lutte contre le terrorisme ne vont pas entamer le potentiel de productivité de l'économie américaine.

Pour Alan Greenspan, le patron de la Réserve fédérale, cet épisode ne constitue qu'un coût exceptionnel assumé par les Etats-Unis avec peu d'impact à long terme. Mais d'autres s'inquiètent, à l'instar du Prix Nobel d'économie 2002, Vernon Smith, par exemple. Ce dernier redoute que les dollars qui pourraient servir à acheter des équipements technologiques capables de poursuivre l'amélioration de la productivité ne soient détournés pour acquérir des alarmes ou engager des vigiles, tâches qui ne créent pas de valeur. Bart Hobijn, économiste de la Fed de New York, estime que les dépenses publiques et privées dans la sécurité atteindront 72 milliards de dollars cette année. Selon lui, cela pèsera à hauteur de 1,12% sur la productivité américaine. Le Bureau du budget du Congrès voit lui une atteinte de 0,3%, ce qui correspondrait à la baisse de productivité enregistrée dans les années 1970 et début 1980 quand les normes environnementales ont fait leur apparition.

Les faits donnent pour l'instant raison à la vision optimiste des choses, puisque la productivité américaine a atteint en 2002 un taux record. Les économistes n'ont pas fini de débattre pour savoir si dans l'immédiat l'augmentation des dépenses de sécurité pèse plus qu'elle n'apporte en termes notamment de stabilisation de la confiance. Mais ils sont tous d'accord pour dire que l'économie profiterait davantage d'un retour à la croissance.