Marchés

Une inflation en baisse rassure les marchés et freine la vague de ventes

La correction des bourses était attendue, même par Donald Trump, sous l’effet de la hausse des taux américains, du dollar et des tensions commerciales. L’indice des prix américain publié jeudi a calmé le jeu

Les actions baissent partout, après une séance particulièrement agitée à Wall Street mercredi. Le repli a dépassé 5% à la bourse de Shanghai, 2% en Suisse. Mais l’annonce, jeudi après-midi, d’une inflation américaine de 2,3% sur base annuelle a un peu rassuré les investisseurs, même si les experts continuent d’anticiper un relèvement des taux directeurs américains en décembre.

Depuis le début de l’année, les actions suisses (indice SMI) sont en baisse de 7%. Panique? Débâcle? Désarroi? Le terme adéquat, selon les professionnels, est celui d’une correction, si le mouvement atteint 10% et de trend baissier au-delà de 20%. «C’est une correction, et non pas une crise systémique», confirme Steven Mnuchin, secrétaire américain au Trésor. Donald Trump ajoute même qu’elle était «attendue».

«L’adage boursier selon lequel «n’attrapez pas un couteau en train de tomber» est valable aujourd’hui», commente Olivier Rigot, directeur d’EMC Gestion de Fortune, dans une note d’investissement. «Nous sommes au milieu de la baisse. Après une capitulation qui devrait survenir ces prochains jours, les indicateurs techniques devraient s’améliorer», écrit-il.

Conjonction d’événements

Cette dernière est «le fruit d’une combinaison de quatre facteurs: la forte hausse des taux d’intérêt réels (après inflation) aux Etats-Unis, les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, les controverses liées au budget en Italie et la hausse particulièrement forte des valeurs technologiques ces dernières années», énumère Oliver Adler, chef économiste de Credit Suisse.

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La forte hausse des taux d’intérêt américains exprime la croissance vigoureuse de l’économie. Le taux de chômage est au plus bas depuis 1969. Dès lors, tant les taux directeurs de la Fed que les obligations du Trésor, à plus de 3,2% cette semaine, traduisent un moindre afflux de liquidités par les banques centrales. «Après des années au cours desquelles les banques centrales ont inondé les marchés financiers de liquidités pour encourager la reprise économique, elles sont en train de limiter cet afflux et de normaliser leur politique», rappelle Mohamed el-Erian, l’ancien patron du gérant Pimco, cité par Bloomberg.

Une telle transition est souvent douloureuse et se traduit par une hausse de la volatilité, ajoute celui qui est désormais conseiller chez Allianz. «Ces mouvements affectent plus fortement les secteurs de croissance», relève Daniel Steck de chez Piguet Galland. C’est mathématique: si les perspectives conjoncturelles s’assombrissent, celles des valeurs dont on attend des résultats futurs aussi. Et s’il est un titre dont on se défait en premier, c’est celui sur lequel on a déjà gagné.

Fin de cycle

Mirabaud Securities observe qu’une hausse des taux a toujours précédé les fortes baisses, à l’image de la crise des subprimes en 2008, de l’éclatement de la bulle technologique en 2000, de la crise asiatique en 1998 ou du krach de 1987. Donald Trump ne s’y trompe pas, lui qui critique la Fed et son relèvement des taux.

Dès lors, faut-il s’attendre à pire? «Les indices peuvent encore consolider quelques pour-cent», écrit Mirabaud Securities, reprenant un sentiment fréquent ce jeudi. Mais le ton reste optimiste. «Il est très peu probable qu’un mouvement baissier se produise tant que nous n’aurons pas un choc de taux d’intérêt ou une récession, mais on ne peut jamais l’exclure, bien sûr», avance Olivier Adler. Daniel Steck, de Piguet Galland, mentionne un risque de surchauffe: «Les salaires augmentent vite, l’inflation aussi.» L’indice d’inflation publié jeudi après-midi a rassuré sur ce point, avec une hausse annuelle de 2,2% (attentes de 2,3%).

Une forte hausse des prix amènerait les investisseurs à craindre un revirement de la Fed, qui pourrait se retrouver contrainte à resserrer plus rapidement que prévu sa politique monétaire. «Nous écartons pour l’instant cette éventualité», tient-il à préciser.

Moins d’attentes

Par ailleurs, les craintes liées aux tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis persistent et se traduisent par une réduction des attentes bénéficiaires. La saison des résultats trimestriels commence ce jeudi aux Etats-Unis. Beaucoup craignent des déceptions. Les branches les plus exposées aux risques de guerre commerciale souffrent le plus fortement, comme l’industrie du luxe, la technologie et les biens de consommation durables.

Les risques politiques s’accumulent et amènent les investisseurs à redoubler de prudence. Les élections de mi-mandat le 6 novembre aux Etats-Unis, les négociations sur le Brexit, l’attente du budget italien créent un besoin de réduction des risques dans un contexte d’affaiblissement des gouvernements en Allemagne et en France, résument encore les experts.

Un climat tendu qui pourrait soutenir quelque peu les valeurs helvétiques, plutôt défensives. Mais dans une moindre mesure, tempère Daniel Steck, puisque ces sociétés restent bien plus tournées vers l’extérieur que sur le marché domestique.


L’Italie sous surveillance

La hausse des taux aux Etats-Unis, couplée à celle du dollar par rapport à de nombreuses monnaies émergentes, renchérit fortement le coût de la dette des pays les plus vulnérables. L’Argentine a été le premier signal de ce type de risque. En Europe, l’Italie en est la première victime. Après la présentation d’un déficit budgétaire deux fois plus élevé que prévu, l’écart avec les taux allemands – indicateur de solvabilité très surveillé – a grimpé à plus de 3 points de pourcentage.

Celui-ci pourrait encore augmenter d’ici à la fin du mois, quand les agences de notation auront donné leur verdict sur le degré de solvabilité du pays, indique Andrea Caldelari, de Vontobel. «Moody’s a déjà mis l’Italie sous surveillance», ajoute l’analyste.

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Dans l’intervalle, qui dit déficit accru dit renchérissement des emprunts. Et cette hausse des taux d’intérêt dans la Péninsule fait non seulement craindre des tensions politiques dans la zone euro, mais elle accroît aussi le risque bancaire – les banques italiennes détiennent 375 milliards d’euros de dette gouvernementale italienne, note Mirabaud Securities. Une poursuite de la hausse des taux pourrait mettre à mal leurs fonds propres. Par ailleurs, «si le coût du crédit pour les banques augmente, il augmente aussi quelque peu pour les entreprises», ajoute Andrea Caldelari.

Les banques françaises figurent aussi parmi les plus vulnérables au risque italien, avec 311 milliards de dollars liés aux instituts de la Péninsule, selon la BRI. L’attention portée à l’Italie confirme que les préoccupations liées aux marchés émergents sont en train de faiblir pour laisser place à certains pays industrialisés, conclut Oliver Adler.

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