Il faudra sans doute s’habituer à ce mot: décarboner. Jeudi soir a été lancée depuis Davos, dans le cadre du Forum économique mondial, une initiative visant à décarboner les centres de données en Suisse. Il ne s’agit a priori pas d’une simple opération de communication de multinationales de la tech. Emmenée par Hewlett Packard Enterprise (HPE), l’alliance à la base de cette opération – baptisée Swiss Data Efficiency Association (SDEA) – comprend en effet notamment l’EPFL, l’Association suisse des télécommunications (ASUT) et Digitalswitzerland et collabore avec l’Office fédéral de l’énergie.

Au niveau mondial, les centres de données consommeraient 1% de l’électricité produite, selon la société de recherche américaine Gartner. En Suisse, la proportion est plus importante encore: estimée en 2015 à 2,8% de la consommation totale d’électricité dans le pays, «elle se situe sans doute aujourd’hui entre 7 et 8%», selon Monica Gille, directrice de HPE pour la Suisse romande. «Et si nous ne faisons rien, cette part pourrait même être de 50% en Suisse d’ici à 2035. Il y a une nécessité urgente d’agir», poursuit-elle.

Trois labels

HPE, qui possède un centre de données à Plan-les-Ouates, dans la banlieue de Genève, a décidé de travailler pour créer trois labels (bronze, argent et or) pour inciter les exploitants de ces centres à les rendre moins voraces en énergie. «Nous avons ainsi réfléchi à élaborer une large palette de mesures techniques pour que leur consommation baisse. D’après nos premiers tests, menés dans dix centres, nous sommes parvenus à diminuer les besoins en électricité jusqu’à 70%. A terme, nous voulons que ces labels permettent en moyenne de réduire la consommation de 30%», détaille Monica Gille.

Selon la responsable, l’indicateur d’efficacité énergétique (Power Usage Effectiveness, PUE) communément utilisé pour comparer les centres de données n’est pas assez précis: «Nous prenons en compte d’autres critères, comme la source de l’électricité, mais aussi la réutilisation de la chaleur émise par les centres.»

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80 centres en Suisse

Il existerait environ 80 centres de données en Suisse. La plupart sont partagés – comme ceux de Google et de Microsoft, inaugurés en 2019 –, alors que d’autres sont exploités par de grandes entreprises pour leurs seuls besoins, comme Nestlé. «Nous estimons que 50 des 80 centres pourraient déjà obtenir le label bronze, poursuit la responsable de HPE. Cela montre qu’il y a un fort potentiel d’amélioration.» La faîtière des centres de données en Suisse, VigiSwiss, est partenaire de cette initiative. Mais ce n’est pas le cas pour Microsoft ou Google – multinationales qui ne cessent de vanter les performances écologiques de leurs machines. «Nous allons discuter avec eux et avons bon espoir qu’ils soient partie prenante à ces labels», glisse Monica Gille.

La société genevoise Infomaniak, qui possède plusieurs centres de données, n’est pour l’heure pas non plus engagée dans la SDEA. «Le lancement de cette initiative est positif, mais il est pour l’heure trop tôt pour nous positionner par rapport à elle», affirme une porte-parole. Infomaniak se targue de n’utiliser que de l’électricité dont la production est d’origine renouvelable et se vante de compenser à 200% le CO2 émis.

Extension internationale

Selon la SDEA, le canton de Genève prévoit d’introduire certaines exigences clés du label dans sa prochaine loi sur l’efficacité énergétique en tant que condition pour la construction de nouveaux centres de données. Et ses créateurs espèrent que les labels créés seront non seulement employés dans toute la Suisse, mais aussi à l’étranger: ils seront présentés par la suite à la Commission européenne et aux Nations unies «afin de tirer parti du modèle suisse pour un impact mondial».