La Suisse connaîtra-t-elle bientôt une nouvelle pièce d’or? La Commission pour l’économie et les redevances du Conseil national en décidera le mardi 22 mai. Elle traitera en effet de l’initiative parlementaire pour la «création d’un franc or» déposée par l’UDC Ulrich Schlüer. Il ne s’agit pas d’introduire un concurrent au franc émis par la Banque nationale, mais plutôt une pièce qui pourrait s’intituler «ducat or», écrit le professeur bâlois Peter Bernholz dans un article qui soutient cette proposition, dans la NZZ. Cet expert réputé, coauteur du livre publié lors du centenaire de la BNS et d’un livre sur les 50 ans du mark, et qui a enseigné à Bâle, au MIT, à Stanford et à UCLA, est connu pour son approche à long terme, son opposition à la baisse des réserves d’or de la BNS et ses craintes d’inflation liées aux actuelles politiques monétaires.

Chacun connaît le vreneli, la pièce d’or suisse à la tête d’Helvetia émise en plusieurs séries entre 1897 et 1949. La pièce de 20 francs – il en existe aussi de 10 et de 100 francs – contient 5,801 grammes d’or pur et vaut 287 francs en fin de semaine.

Le nouveau projet comporterait des avantages multiples pour la BNS, pour les caisses de pension et les épargnants, selon Peter Bern­holz. Le nouveau ducat ne contiendrait pas plus de 0,1 à 10 grammes. Dès lors, il serait nettement plus accessible et son marché serait plus liquide. Les écarts, souvent considérables, entre l’offre et la demande seraient réduits. Certes, le franc suisse a été qualifié de monnaie la plus stable au monde par Jean-Claude Trichet, l’ex-président de la BCE. Mais pourquoi ne pas ajouter la sécurité de l’or à la sécurité juridique de la Suisse, demande le professeur?

Aujourd’hui, l’Afrique du Sud, le Canada et l’Autriche disposent de pièces d’or standardisées, par leur poids et leur contenu en or, et réalisent un bénéfice de cette manière.

La Suisse pourrait ainsi obtenir une nouvelle source de bénéfice avec une pièce qui serait définie et contrôlée par l’Etat, mais émise par des privés.

La Banque nationale profiterait aussi d’une moindre pression haussière sur le franc au moment où elle doit défendre un plancher de 1,20 face à une monnaie européenne en difficulté.

L’épargnant serait également intéressé par cette initiative. Les monnaies dites fortes, telles que le franc suisse et le mark allemand (aujourd’hui euro), ont perdu la moitié de leur valeur en 30 ans, selon Peter Bernholz. En Suisse, le coût de la vie a été multiplié par 11 entre 1913 et 2010. C’est nettement moins qu’aux Etats-Unis où il a été multiplié par 24. Mais le prix de l’or s’est accru d’un facteur 79. En somme, en un siècle, l’or a augmenté 4 fois plus fortement que le coût de la vie aux Etats-Unis. Ses vertus stabilisatrices ne datent donc pas de la dernière décennie. Peter Bernholz imagine aussi le lancement d’obligations à long terme basées sur cette nouvelle pièce d’or. Les caisses de pension, dans leur souci de stabilité à long terme, ne manqueraient pas de souligner leur intérêt afin de préserver l’épargne des cotisants.

En un siècle, aux Etats-Unis, l’or a augmenté quatre fois plus fortement que le coût de la vie