La décision prise hier par Moritz Leuenberger n'a rien de scandaleux. Elle découle même de la pure logique, puisqu'elle applique une loi votée l'an dernier par le Parlement. Mais c'est précisément la logique qui a conduit à l'approbation de cette nouvelle loi sur l'aviation qui est mauvaise. Cette vision typiquement suisse, cette incapacité pathologique à trancher entre deux solutions n'a pas fini de pénaliser une économie qui a besoin de conditions-cadres claires et surtout en phase avec le monde dans lequel elle se débat. On l'a vu dans d'autres secteurs que le transport aérien, eux aussi héritages de la tradition cartellaire et monopolistique. Mais cette logique disparaîtra bientôt, car l'intégration – de gré ou de force – de l'économie suisse à l'économie mondiale la rendra inopérante.

Contrairement à ce qu'affirment les responsables de Swissair, qui continue de bénéficier des largesses de la loi, le maintien du «monopole acquis» n'est pas un service rendu à l'ex-compagnie nationale. On ne prépare pas une entreprise à la concurrence en s'arc-boutant aux derniers pans de protectionnisme. Cela dit, Swissair ne fait que profiter au maximum de la situation. Aujourd'hui qu'une concurrente vient d'être empêchée de se développer comme elle l'entendait, les parlementaires fédéraux doivent assumer leurs choix, non seulement devant EasyJet, mais surtout face aux consommateurs-voyageurs.

Le reste n'est que péripétie. Lorsque la filiale suisse du groupe britannique affirme que la décision d'hier menace 200 emplois, elle exagère. Et quand Swissair, pour enjoliver une position de principe, prétend que le monopole actuel lui permet d'amortir le renouvellement de sa flotte, elle nous fait doucement sourire.

T. M.