Le Temps: Raffineries, stations-service, terminaux portuaires… Les grands du négoce rachètent tout. Est-ce votre cas? Vous n’étiez pas intéressé par la raffinerie vendue il y a un an en Suisse?

Marco Dunand: Non, car nous ne croyons pas être de bons industriels. Notre compétence, c’est de comprendre le marché de l’énergie. Pour le reste, nous nous associons avec des spécialistes. Nous venons ainsi de vendre la moitié de notre société de stockage d’hydrocarbures, Vesta, au chinois Sinopec; afin de pouvoir poursuivre son expansion. Et comptons multiplier ce type d’associations.

– Cette mue de vos concurrents n’est-elle pas l’aveu que le seul négoce ne rapporte plus assez?

M.D.: La perception commune est de vouloir bénéficier de revenus moins volatils. Ensuite, les vues divergent. Nous pensons que cela peut se régler au sein même de l’activité de négoce. Fondamentalement, notre métier reste de régler des inefficiences qui vont persister, mais se déplacer d’un marché à l’autre. Nous gagnons notre argent grâce aux déséquilibres de marché. Notre but est de stabiliser les revenus tirés du négoce en nous adaptant à ses mutations. C’est pour cela que nous investissons dans la logistique, comme dans le pétrole de schiste aux Etats-Unis.

– Cela explique-t-il aussi votre irruption dans les métaux industriels?

M.D.: Cette activité reste liée à la Chine. Et s’explique par le fait que nous estimons avoir une longueur d’avance dans ce pays, en raison de notre connaissance des clients, des taux de change, ou de la logistique sur place.

– Disposez-vous d’un hedge fund maison pour spéculer sur des marchés que personne ne connaît mieux que vous?

M.D.: Non. Peut-être qu’un jour cela sera différent. Mais il aura fallu, d’ici là, faire évoluer la structure de notre société, afin de séparer totalement cette activité.

– Comme ses concurrents, Mercuria arrange des financements pour d’autres négociants. Vous voulez vous transformer en banque?

M.D.: Il est vrai que les grands établissements européens spécialisés dans le négoce ont dû réduire leur activité. Le but n’est pas de les remplacer, mais d’apporter notre savoir-faire aux banques asiatiques ou américaines qui veulent financer le secteur, sans en avoir toutes les compétences.

– Ces activités ne transforment-elles pas les maisons de négoce en institutions financières dont le vacillement mettrait le système en péril?

M.D.: Non, car le négociant se limite à la syndication des prêts. Le risque est reporté sur les banques qui débloquent l’argent.