Une maison d'édition explore de nouvelles voies dans la formation

Directeur de collection aux éditions Retz, Christian Robin est un ancien formateur. Il ne se cantonne pas au livre seul puisqu'il intègre CD-Rom, Internet, stages ou multimédia. Interview.

Après avoir assumé de. hautes fonctions dans plusieurs maisons d'édition, telles que Lattès, Hachette, Marabout, le Français Christian Robin est aujourd'hui directeur de collection aux Editions Retz, spécialisées dans la formation. Logique: de métier, ce passionné de communication est formateur. Stages, livres pratiques, audiovisuel, multimédia, CD-Rom et Internet: tous les moyens lui sont bons pour faire de chacun de nous un être plus compétent, mieux formé, mais aussi mieux en accord avec lui-même. Sa mission, c'est la transmission, et elle touche à trois domaines fondamentaux: le savoir, le savoir-être, et le savoir-faire. Entretien.

Le Temps: Avec le développement du multimédia, de quelle manière le rôle du livre s'est-il modifié?

Christian Robin: Chaque nouveau média transforme le précédent, mais sans le remplacer. La façon de concevoir un livre, puis de le lire, est très influencée par le multimédia qui nous a habitués à la navigation hypertextuelle. La conception des encyclopédies en est fondamentalement transformée. Cela dit, le livre garde son rôle traditionnel de transmission du savoir, étant entendu qu'on ne communiquera pas le même savoir avec un livre, un CD-Rom ou Internet.

- Quelle est plus particulièrement l'évolution des ouvrages pratiques?

- Qu'il s'agisse de formation, de loisirs ou d'épanouissement personnel, le livre pratique est depuis une dizaine d'années le secteur le plus dynamique de l'édition. Au début, on lui demandait seulement d'être un livre de recettes. Aujourd'hui, il doit faire le lien, entre l'essai, l'ouvrage de sciences humaines et le conseil pratique. Il ne doit plus seulement répondre au "comment", mais aussi au "pourquoi".

- Vous êtes actuellement directeur de collection aux éditions Retz. Sont-elles représentatives de cette nouvelle tendance?

- Absolument. Depuis leurs débuts, les éditions Retz destinent leurs ouvrages à des spécialistes de la relation à l'autre: enseignants psychologues, formateurs. En créant deux nouvelles collections intitulées "Savoir communiquer" et "Au cœur de la formation", nous avons souhaité proposer des livres au grand public, qui pourront aussi être utiles à des professionnels. Ils serviront à des autodidactes, mais surtout en tant qu'outil de référence, support complémentaire à un stage de formation.

- Le livre pratique touche-t-il de plus en plus aux domaines de la formation?

Il répond à un besoin essentiel de se former de mieux en mieux, pour être au niveau d'une société exigeante. Sans cesse remis en cause, les gens se rendent compte que s'ils ne font pas d'eux-mêmes un effort, ils resteront à l'arrière du train. Et puis ils comprennent qu'évoluer, cela peut-être bon pour eux, à tous points de vue. Par rapport au travail, on se pose aujourd'hui des questions sur ses propres compétences qu'on ne se posait pas il y a encore quelques années.

-Au-delà de l'offre en livres ou autres supports, y a-t-il un encouragement global à la formation?

- Au sein de l'Union européenne, toutes les institutions parlent en termes de "formation tout au long de la vie". Le financement de multiples projets de formation se compte en dizaines de millions d'écus. On constate cette dynamique à tous les niveaux de la formation continue qui, en France, est codifiée depuis 1971. De plus en plus, on voit se mêler la volonté de formation, de développement personnel et de distraction. Les gens ont davantage de temps libre, et veulent l'occuper plus intelligemment.

-A qui incombe la responsabilité de bien transmettre cette formation continue?

- Formateur, c'est un métier, et il est en pleine expansion, tout en s'organisant. Il y a davantage de professionnalisation, pour répondre à une clientèle de plus en plus exigeante . En France, il existe 25 000 organismes de formation professionnelle, et plusieurs centaines d'instituts qui font de la formation de formateurs. Le montant de la formation professionnelle continue prise en charge par les entreprises et les institutions publiques s'élève à 140 milliards de francs français, soit 35 milliards de francs suisses.

- Quelle définition donnez-vous d'un formateur?

- Un formateur, c'est celui qui va aider une autre personne à acquérir des compétences nouvelles dans tous les domaines: le savoir, le savoir-être, et le savoir-faire. Il est évident qu'en formation d'entreprise, on se souciera davantage du savoir-faire, encore que le savoir-être ait son importance .

- Entre le livre consulté en solitaire et un stage en équipe animé par un formateur, pourrait-on imaginer un accompagnement, un service sur Internet?

- Nous envisageons de pouvoir créer une communauté virtuelle sur Internet, autour d'un livre. Il m'apparaît évident que nous le ferons dans un proche avenir. Cela permet la réflexion, soulève des questions, offre la possibilité de s'entretenir avec l'auteur. Vis-àvis d'Internet, les éditeurs sont encore un peu frileux, mais cela changera vite.

- Qui sont les gens qui empruntent tous ces nouveaux chemins de formation continue?

- Les livres de formation sont lus par des gens qui ont déjà une expérience de la vie et un parcours professionnel. Leurs questionnements accompagnent la crise la quarantaine. Je situe ces lecteurs entre 30 et 50 ans. Un nombre croissant de femmes s'y intéressent. Dans les stages de formation, les séminaires, elles sont même beaucoup plus à l'aise que les hommes, plus enclines à la remise en question, et au recours à des moyens nouveaux.

- Avec tant de possibilités de formation complémentaire à disposition, peut-on imaginer que les gens seront de plus en plus compétents?

- De mieux en mieux formés, ils le seront, car notre société, de plus en plus complexe, l'exige. Quant à savoir si cela apportera quelque chose à l'individu, il me semble que la possibilité de mieux communiquer, d'être plus ouvert à l'autre ne peut être que bénéfique.

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