Pénurie

Une maladie fait flamber le prix de la viande de porc

La peste porcine africaine a décimé le cheptel de cochons en Chine, premier producteur et consommateur de cette viande blanche. Une aubaine pour les éleveurs américains qui y exportent des quantités record malgré la guerre commerciale. La crise devrait durer au moins jusqu’à l’an prochain

Contrairement à leurs homologues asiatiques, les amateurs suisses de viande de porc n’ont rien à craindre. La peste porcine africaine, une épizootie hautement contagieuse qui fait des ravages en Asie et qui se propage aussi en Europe, ne menace pas les quelque 6400 porcheries du pays. En tout cas, pas à ce stade. Le programme national de détection précoce mis en œuvre dès mars 2018 pour dépister les sangliers indigènes potentiellement infectés a donné les résultats escomptés. «Si le rôti, la côtelette ou le filet coûtent un brin plus cher ces derniers mois, c’est que la saison de la grillade a été précoce cette année», relève Viande Suisse, l’interprofession de la filière viande.

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L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires se veut aussi rassurant. «Nous surveillons l’évolution de l’épizootie de près, notamment en Belgique, en République tchèque et en Hongrie et nous sensibilisons particulièrement les chasseurs et voyageurs au fait de ne pas rapporter la viande porcine étrangère», rappelle une porte-parole. Chaque Suisse consomme 23 kilos de viande de porc par année, beaucoup moins qu’un Vietnamien (30,4 kilos), un Français (32,2 kilos), un Allemand (38,2 kilos) ou encore un Chinois (39,5 kilos). En Suisse, la production indigène satisfait 90% des besoins.

Un milliard de cochons en Chine

Si la Suisse est épargnée, ce n’est pas le cas des pays asiatiques, plus particulièrement la Chine, premier producteur et consommateur mondial de viande de porc ou encore le Vietnam. Selon Aneeka Gupta, directrice associée de la recherche du fonds d’investissement Wisdom Tree (Londres), l’Empire du Milieu compte 26 millions de porcheries qui produisent près d’un milliard de cochons par année. «Dès l’apparition de l’épizootie et faute de vaccin, le gouvernement chinois a ordonné d’abattre tous les cochons dans les régions infestées», relève-t-elle.

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Aneeka Gupta souligne encore que les consignes données pour prévenir la contagion n’ont pas toujours été suivies. «Les porcheries chinoises, souvent de petites entreprises familiales, ne sont pas suffisamment équipées pour adopter des mesures de sécurité et de prévention», poursuit la chercheuse. En fin de compte, des millions de bêtes ont dû être éliminées. Les autorités chinoises affirment que le cheptel sera réduit à hauteur de 15-à 20% en cette Année du cochon.Selon Bloomberg, la production chinoise descendra à moins de 600 millions de tonnes. Du jamais vu depuis dix-sept ans.

Socialement sensible

Dans un pays où le porc constitue la moitié de la viande consommée et où cette viande constitue un produit socialement sensible, l’abattage à grande échelle a créé une crise de grande ampleur. D’où le besoin d’en importer. Pékin a toutefois interdit l’approvisionnement provenant de tout pays touché par la peste porcine africaine. Une aubaine donc pour les producteurs américains qui, mois après mois, livrent des quantités records pour satisfaire les consommateurs chinois.

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L’ironie de l’histoire est que les importations de viande porcine américaine augmentent malgré le fait que Pékin impose une surtaxe de 62% dans le contexte de la guerre commerciale contre les Etats-Unis. «La baisse de la production en Chine, couplée avec la saison précoce des grillades aux Etats-Unis, a fait flamber les prix, qui ont atteint un plus haut depuis cinq ans, poursuit Aneeka Gupta. Ils resteront élevés jusqu’à l’année prochaine au moins.» En Chine, le prix a augmenté de 21% par rapport à la même période l’année dernière. En Allemagne, le prix de l’épaule de porc, par exemple, a grimpé de 17%, selon Interporc.

Aneeka Gupta fait tout de même remarquer que les prix pourraient se stabiliser en Chine, même si ce n’est que sur une courte période, si Pékin décidait d’ouvrir les stocks. Elle fait également remarquer qu’au fil des années la classe moyenne chinoise tend à consommer davantage de poulet ou d’agneau.

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