Consommation

Une mode qui pèse lourd sur nos épaules

OPINION. Face à une industrie textile qui se complaît dans une certaine opacité, labels et artisans peinent à adresser les enjeux de durabilité de manière globale. Charge au consommateur de choisir l’écologie, parfois au détriment des travailleurs. Tandis que le politique tarde à légiférer

Aucun label, aucune certification, aucune marque – aussi éthique soit-elle – ne donne la certitude d’avoir un vêtement irréprochable sur les plans environnemental et social. La complexité de la filière textile, caractérisée par une multitude d’acteurs et d’intermédiaires sur chacune des étapes de la production, empêche d’avoir une vue sur l’ensemble de la chaîne. L’industrie semble elle-même prise à son propre piège, incapable de fournir une réponse globale et claire au consommateur toujours plus sensible aux questions de durabilité. S’habiller selon des critères éthiques revient à se tailler un costume sur mesure, en fonction des compromis que l’on est prêt à faire.

Soit on choisit de privilégier l’environnement et on se tourne vers le coton biologique. Mais on choisit alors de fermer les yeux sur les conditions de travail toujours précaires des producteurs et ouvriers de l’industrie textile. Qui plus est, on ne résout pas la question de l’utilisation massive de l’eau nécessaire à la culture du coton. Et dans le cas où l’on opte pour d’autres fibres, on se tourne vers des filières dont on connaît moins les chaînes d’approvisionnement. Avec le risque de retomber dans l’engrenage de la surproduction, qui conduit à l’épuisement des sols et menace la biodiversité, comme le fait aujourd’hui la culture conventionnelle du coton.

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Législateur impuissant

Cette lourde responsabilité repose aujourd’hui presque entièrement sur nos épaules de consommateur. On est tenté de se résigner, quitte à se retrouver en décalage complet avec ce qui constitue notre seconde peau, censée refléter une partie de notre identité ou du moins l’image que l’on souhaite renvoyer.

Mais qu’en est-il du législateur? Incapable de bannir l’utilisation de pesticides, impuissant à imposer des salaires vitaux aux acteurs de l’industrie, en vertu de la libre économie. Pourtant, l’urgence d’agir devient évidente, à en croire les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur l’appauvrissement des sols et les menaces à la biodiversité que causent les cultures industrielles. Notamment celle du coton.

Et les fronts se multiplient: en parallèle au combat pour imposer des critères éthiques et écologiques se pose une question tout aussi importante, elle aussi restée sans réponse: le risque pour la santé de certains matériaux présents dans les vêtements. Des analyses menées par l’Agence française de sécurité sanitaire (Anses) ont recensé quantité de métaux lourds et autres substances toxiques dans nos vêtements – chrome 6, nickel et formaldéhyde. Le consommateur, encore lui, est encouragé à laver ses vêtements avant de les porter. Le politique se décidera-t-il à interdire l’utilisation de ces substances par les industriels?

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