Laurent Calame porte un cube métallique sur lequel est vissée une ampoule, apparemment anodine, entourée d’une grille circulaire. Il cherche une prise dans un hôtel lausannois pour réaliser une petite démonstration. Il en trouve finalement une et aussitôt, l’ampoule vire au bleu. Après quelques secondes, elle prend une couleur plus traditionnelle et illumine toute la réception de l’hôtel, créant l’étonnement des réceptionnistes. «C’est de la luminothérapie?» interroge l’un d’eux. La lumière dégagée par cette ampoule s’apparente au spectre solaire. «Elle l’imite à 98%, précise Laurent Calame, un jeune ingénieur directeur de la start-up Lumartix.

Cette lampe à plasma moléculaire, qui ne contient aucune électrode, possède un rendement compris entre deux et sept fois plus important qu’une lampe halogène standard suivant la qualité de la lumière voulue.» Autre avantage: elle possède une durée de vie de dix ans à raison de douze heures d’allumage par jour. Elle ne contient ni mercure, ni plomb, ni aucune autre substance toxique. Elle possède en revanche des éléments solides brunâtres. «Cette composition chimique est en cours de brevet», souligne-t-il sans en dévoiler davantage.

Comment fonctionne cette ampoule nouvelle génération? Des micro-ondes sont envoyées en continu. Grâce à cette énergie, les composés chimiques vibrent et se fractionnent. «Les molécules sont amenées à l’état de plasma», explique Laurent Calame. Les atomes séparés se promènent et se recombinent là où l’ampoule est plus froide. C’est à ce moment-là que la lumière est émise. Une cage de Faraday – la grille autour de l’ampoule – confine ces micro-ondes.

Ces lampes, dans l’immédiat en tout cas, ne s’introduiront pas dans notre salon. De très forte puissance, elles ne peuvent descendre en dessous de 400 watts. Atteignant jusqu’à 1000 watts, elles s’adresseront essentiellement aux salles de théâtre, de sport, aux halls industriels, aux grands magasins ou aux hôtels.

La technologie émane de la Haute école d’ingénieurs et de gestion du canton de Vaud, plus exactement du Laboratoire d’application de la physique et des technologies émergentes de Mirko Croci. Les chercheurs de la HEIG-VD poursuivent leurs recherches afin d’abaisser la puissance de ces lampes à plasma moléculaire pour viser des applications domestiques. Au mieux d’ici à cinq ans.

Le moment semble propice au lancement d’une nouvelle génération de lampes. La vente des ampoules à incandescence touchera à sa fin en 2012 afin de réduire la facture d’électricité. Selon l’Office fédérale de l’énergie, la part de l’éclairage dans la consommation globale d’électricité est de 14%, soit une dépense de 1,2 milliard de francs.

Des gros investissements ont été consentis dans les diodes à électroluminescence (LED). Celles-ci consomment 90% d’énergie en moins que les ampoules à incandescence, ne dégagent presque pas de chaleur, ne contiennent pas de mercure et autorisent le mélange des couleurs. Leur durée de vie varie entre 15 et 25 ans, à raison de trois heures d’allumage par jour. Toutefois, la lumière dispensée par ces diodes est froide et bleutée. «Les LED connaissent également un problème dans leur montée en puissance, c’est-à-dire au-dessus de 10 watts», note Laurent Calame.

Pour obtenir la luminosité d’une ampoule à incandescence de 100 watts, il en suffit de 70 avec un halogène et de 23 avec une «fluo compact». Très économe en énergie, cette dernière contient toutefois du mercure et génère également une lumière froide. Qu’en est-il des lampes à plasma comme celles de Lumartix? Elles sont apparues aux Etats-Unis il y a presque vingt ans. La commercialisation a connu un échec à cause d’une faiblesse technologique. Certains éléments – responsables des pannes – sont maintenant supprimés. Quelques sociétés que l’on peut compter sur les doigts d’une main proposent aujourd’hui ce type de luminaire, à l’exemple de LG Electronics en Corée du Sud, Ceravision et Luxim en Grande-Bretagne. Chacune utilise des composants différents, notamment du soufre. «Elles ne sont pas parvenues à imiter le spectre solaire», affirme Laurent Calame.

La start-up, basée à Aubonne, entame désormais sa phase commerciale. Elle a contacté des fabricants de luminaires. Deux clients en France semblent prêts à commander 1000 premières unités. «Les ventes devraient démarrer d’ici à la fin de l’année et toute la production aura lieu en Suisse», précise le directeur de la start-up. Lumartix se chargera de «remplir» l’ampoule de composés chimiques, de faire le montage et le test du produit. Fondée par Laurent Calame, le physicien Gilles Courret et Andreas Meyer, l’un des directeurs de Solaronix, la jeune entreprise s’attend à un chiffre d’affaires de quelque 1,5 million de francs en 2011. «A terme, si notre produit trouve une importante clientèle, nous savons que notre société sera rachetée par un grand fabricant d’ampoules, prévoit déjà Laurent Calame. Mon but, c’est de leur faire suffisamment peur.»