Incertitude politique en Italie, prévisions conjoncturelles moroses pour 2013 et 2014, tensions renouvelées entre le Royaume-Uni et Bruxelles et nouvelles inquiétudes sur les marchés financiers. Tous les ingrédients sont réunis pour que la réunion mensuelle de l’Eurogroupe (17 ministres des Finances de la zone euro) ce lundi 4 mars et celle de l’Ecofin (27 ministres des Finances de l’Union européenne) mardi à Bruxelles se tiennent sous haute pression. «Ces sujets sont à l’ordre du jour, explique un diplomate impliqué dans les préparatifs. Mais je n’exclus pas que des ministres remettent en cause l’orientation stratégique globale même de l’UE. Nous ne pouvons pas ignorer les mécontentements grandissants des citoyens européens.»

Si l’incertitude politique à Rome se prolonge, les conséquences se feront sentir dans tout le continent. Les taux d’emprunt des obligations italiennes, mais aussi des autres pays en difficulté (Espagne, Portugal), remontent déjà, ce qui met à mal leur capacité d’honorer leurs engagements financiers. «Si l’Italie, la troisième économie européenne, devenait insolvable, l’Europe n’aurait pas de mécanisme adéquat pour y faire face», explique un analyste.

Selon les prévisions conjoncturelles 2013 et 2014 publiées il y a dix jours, la récession va perdurer en Europe. Des chiffres publiés vendredi indiquent que le chômage a battu un nouveau record en janvier. En outre, pas moins de six pays ne respectent pas les critères du Pacte de la stabilité. «Le président de la Commission, José ­Manuel Barroso, insiste pour maintenir le cap des réformes structurelles, appelle les Européens à se serrer toujours un peu plus la ceinture, mais les résultats se font toujours attendre», déplore l’analyste.

L’élection d’un nouveau président chypriote il y a une semaine a ouvert la voie à un programme de sauvetage pour le pays proche de la faillite. Le nouveau ministre des Finances sera à sa première réunion de l’Eurogroupe ce lundi. Autant dire qu’une décision ne pourra être prise avant la prochaine rencontre de l’Eurogroupe dans un mois.

Euroscepticisme

Enfin, l’Eurogroupe devrait débattre aussi de la demande de l’Irlande et du Portugal – deux pays qui bénéficient d’un plan d’aide de la troïka – d’un délai pour le remboursement des prêts. L’UE est satisfaite des réformes menées dans ces deux pays et estime même qu’ils pourraient, d’ici à la fin de l’année, accéder aux marchés des capitaux pour se refinancer. Un diplomate qui connaît ce dossier n’attend toutefois pas de décision lundi. «La demande ressemble à une restructuration de la dette», dit-il.

Un grand dossier dominera la réunion de l’Ecofin mardi. Un compromis a été arraché mercredi lors d’une réunion informelle sur le renforcement des règles prudentielles sur le capital des banques, plus connu sous son acronyme anglais, CRD IV. L’objectif de ce dispositif, qui comprend un plafonnement des bonus des banquiers, est de renforcer le système bancaire afin de le rendre plus résistant à une nouvelle crise. Le CRD IV doit maintenant être formellement entériné par l’Ecofin. Mais l’accord de la Grande-Bretagne n’est pas acquis. «Nous pouvons prendre une décision à la majorité qualifiée, mais l’idée n’est pas d’isoler ou de stigmatiser un pays, explique le diplomate européen. Nous attendons de voir la réaction de Londres.» Son ton conciliant contraste toutefois avec celui du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui a insinué jeudi que le Royaume-Uni pouvait sortir de l’UE en réponse à l’euroscepticisme grandissant au sein du gouvernement britannique.

Enfin, un diplomate déplore en avance l’incapacité de l’ensemble des pays européens de lutter contre la fraude fiscale liée à la taxe sur la valeur ajoutée dans les transactions transfrontalières. «Une telle mesure a pourtant le potentiel de ramener des milliards dans les caisses publiques», dit-il.