«Techniquement, ce n'est rien. Mais psychologiquement, c'est important.» Le Nasdaq a tristement célébré une année de débâcle lundi en cassant le seuil des 2000 points. Alors qu'il atteignait son sommet historique le 10 mars 2000 à 5132,52 points, l'indice des valeurs technologiques est tombé hier en cours de séance à 1971 points avant de clôturer à 1924,50 points (-6,25%). Tous les gains obtenus depuis décembre 1998 ont été gommés. Les autres indices américains et les marchés européens ont suivi, dans des proportions souvent moindres.

Comme le souligne l'analyste de la Banque Darier Hentsch & Cie, Pascal Bétrisey, le prochain support essentiel du Nasdaq se situe à 1800 - 1850 points. C'est donc davantage l'impact sur les esprits qui importe dans cette nouvelle poussée de pessimisme.

D'autant que cette dernière ne cesse d'étonner les professionnels. Trois établissements financiers de très grande notoriété, Merrill Lynch, Morgan Stanley Dean Witter et Goldman Sachs, n'ont-ils pas déclaré leur flamme à la Bourse américaine la semaine dernière? «Le Nasdaq a perdu plus de 8% sur deux jours (5,3% vendredi et 3,6% lundi à la mi-séance, ndlr). Cela constitue une grosse surprise car les récentes données économiques laissaient supposer dans l'ensemble que la situation était meilleure qu'attendue. Or, les investisseurs se focalisent tout particulièrement sur les annonces des sociétés», commente Michel Lagier, président du comité de stratégie à la Banque Edmond de Rothschild. Vendredi, ce sont Intel et Cisco qui ont plombé le moral des boursiers. Le premier lançait un profit warning, ce qui a lui a valu un plongeon de 11,47%, tandis que le second annonçait peu avant la clôture des suppressions d'emplois pour faire face à une détérioration plus importante que prévu des ventes. Du coup, le titre a lâché 7,8% lundi en cours de séance. «Contrairement à ce que nous pouvions penser, ces mauvaises nouvelles n'étaient pas déjà intégrées dans les cours», poursuit le stratège.

Plus que jamais, c'est donc sur le président de la Réserve fédérale que se portent les espoirs. La prochaine réunion du comité monétaire de la Fed aura lieu le 20 mars. Si tout laisse à penser qu'il décidera de baisser les taux de 50 points de base, il n'est pas impossible que le mouvement soit moins généreux qu'attendu. Or, si Alan Greenspan déçoit les marchés, comme il l'a fait en février – le Nasdaq a perdu 40% depuis le début du mois dernier –, on ne peut imaginer quand se terminera l'enfer des valeurs technologiques, relève le stratège.

Mais dans un tel «bear market» (marché baissier), l'action de la banque centrale a-t-elle encore le pouvoir d'inverser une tendance boursière? Oui, répond Michel Lagier. «Durant les quarante dernières années, la fin de chaque période de baisse des taux s'est systématiquement traduite par une poussée des Bourses de 20% à 40% dans les 24 mois qui ont suivi.» Ce moment n'est pas arrivé. Il faut attendre encore un ou deux mois, estime notre interlocuteur.

A plus court terme, relève Pascal Bétrisey, une bonne curée sur le Nasdaq dans un laps de temps court, caractérisée par des ventes paniques, pourrait se révéler salutaire. Le marché serait alors épuré et pourrait repartir durablement à la hausse. Sur certains titres et dans certains secteurs, estime-t-il d'ailleurs, les niveaux les plus bas ont déjà été atteints.