Les résultats semestriels de Novartis ont été publiés jeudi mais sans créer de véritable surprise. Pour Jérôme Schupp de Darier & Hentsch & Cie, «cette annonce est tout à fait conforme à mes attentes. D'une manière générale, on constate que Novartis profite encore pleinement des effets de synergie nés de la fusion entre les deux grands groupes pharmaceutiques et qu'il réalise des produits financiers nettement plus conformes à une bonne gestion de trésorerie.» Durant les six premiers mois de l'année, Novartis a ainsi réalisé un chiffre d'affaires en hausse de 1% en francs suisse à 16,8 milliards (3% en monnaies locales). Son bénéfice net, quant à lui, affiche une progression de 14% à 3,6 milliards.

Effets de synergie

Au niveau du groupe, les produits financiers ont effet enregistré une croissance de 22% à 516 millions de francs, grâce à la très bonne tenue des marchés durant les six premiers mois de l'année et à une gestion un peu plus agressive des liquidités. Quant aux effets de synergie estimés globalement à 2 milliards de francs, si 74% de cet objectif est d'ores et déjà réalisé, cela s'est traduit au premier semestre 1998 par quelque 500 millions de francs de réduction de coût. Novartis a toutefois consenti de lourds investissements en marketing comme en recherche et développement durant cette période, à hauteur de 439 millions, pesant d'autant sur le résultat opérationnel. Celui-ci affiche pour l'ensemble de la période une hausse de 2% à 4,1 milliards de francs.

«Cette faible augmentation du bénéfice opérationnel peut paraître un peu décevante à première vue, explique Michael Sjöström, de Pictet & Cie. Mais on constate toutefois que la moindre performance de l'agribusiness est essentiellement due à des fluctuations saisonnières limitées dans le temps. Pour ce qui est des dépenses dans la recherche, elles sont en général de bon augure pour la suite des opérations. En un mot, je dirais comme pour Roche que Novartis inspire pour l'instant plus de sentiments positifs au niveau financier qu'opérationnel.» Pour l'ensemble de l'année, Jérôme Schupp calcule en effet un cash-flow libre après investissements et dividendes de quelque 3 milliards de francs, portant la fortune nette du groupe à plus 10 milliards, soit un levier financier non négligeable dans un bilan extrêmement sain.

La surprise concernant Novartis avait pour origine la restructuration annoncée de ses activités d'automédication et de nutrition au sein d'une nouvelle division, «Novartis consumer health», qui veut se positionner dans la nutrition médicale et fonctionnelle. En d'autres termes, Novartis est persuadé de l'émergence d'un nouveau marché de consommation santé au sein d'une population de plus en plus soucieuse de sa nutrition comme moyen de prévention des maladies comme l'ostéoporose, le diabète ou l'adiposité. En outre, les consommateurs se sentent plus en plus responsables pour traiter eux-mêmes leurs maux bénins tels que les brûlures d'estomac, les allergies, les refroidissements ou les migraines. Dans ce contexte, les frontières entre épiceries, pharmacies et supermarchés s'estompent progressivement pour tout ce qui concerne les médicaments OTC, les suppléments alimentaires et autres produits nutritionnels.

Pour Novartis, il s'agit là, à n'en pas douter, d'un segment en plein développement sur lequel le groupe veut mieux se positionner. Un seul exemple: les aliments fonctionnels qui apportent davantage d'éléments nutritifs et préventifs représentaient un marché estimé à 10 milliards de dollars en 1996, un chiffre qui devrait passer à quelque 23 milliards en 2002. Pour répondre de manière adéquate à ces développements, la compagnie a donc décidé de former sa nouvelle division. Avec un chiffre d'affaires pro forma de 4,6 milliards en 1997, celle-ci devrait occuper une position parmi les trois premières entreprises du secteur des produits OTC et nutrition spécialisée. Dans la foulée, le groupe va se séparer de marques et d'activités secondaires qui représentent des ventes de 1,3 milliard de francs. Novartis escompte des réductions de coûts de l'ordre de 70 millions de francs dans les trois ans, grâce aux effets de synergie, et calcule des frais de restructuration de 120 millions, notamment liés aux 380 réductions de postes de travail pour un effectif à terme de 12 500 personnes engagées dans cette division dont le siège sera à Nyon.