La Banque nationale suisse (BNS) va-t-elle relever son taux directeur lors de sa réunion ce jeudi? Un grand nombre d'analystes ont anticipé une hausse d'un quart de point à 1,5%. Daniel Kalt, économiste chez UBS, est allé plus loin en prédisant une deuxième hausse d'ici à la fin de l'année.

Lors d'une récente conférence à Genève, le président Jean-Pierre Roth avait lui aussi laissé présager une hausse. Le chômage maîtrisé, le climat de consommation intérieure positif et les exportations en forte progression; bref, une solide croissance du PIB (2% pour la BNS, de 3% pour UBS et 2,8% pour Credit Suisse) était en vue pour 2006. Cette conjoncture favorable était aussi l'occasion de rapprocher le taux suisse de ceux de la zone euro.

Et par-dessus tout, l'inflation, première préoccupation pour un banquier central, était sous contrôle: moins de 1,5% pour 2006 et 2007.

Mais voilà, les certitudes ont la vie dure et une nouvelle donne bouleverse les prévisions. Surtout, elle ne plaide plus en faveur d'une hausse du taux directeur.

Un plus haut cyclique

La croissance d'abord. Selon les prévisions de l'OCDE et du FMI, la croissance économique mondiale devrait connaître un ralentissement au deuxième semestre 2006 et en 2007. Ce phénomène n'épargnera pas la Suisse. Philipp Hildebrand, membre du directoire de la BNS, le confirme dans une interview accordée au magazine Bilanz de cette semaine. Selon lui, «les signes de faiblesse ne concernent pas que les Etats-Unis. Des indices montrent que le point le plus haut de la croissance pourrait également être atteint en Europe. Pour la Suisse, un plus haut cyclique est maintenant atteint.»

Une telle affirmation ne passe pas inaperçue. Surtout, elle n'a pas manqué de provoquer des spéculations sur l'attitude de la BNS sur le taux d'intérêt lors de sa réunion ce jeudi. Dans tous les cas, le franc suisse a réagi à sa déclaration, touchant son plus bas niveau depuis six ans contre l'euro mercredi.

Autre facteur qui sème le doute: les prix du pétrole et des métaux qui évoluent à la baisse. Le Fonds monétaire international (FMI) annonce même l'éclatement de la bulle des matières premières. Le prix du brut, pour prendre un exemple, a perdu presque quinze dollars par baril, passant de 78,64 le 18 août dernier à 64 dollars mercredi.

Pour la BNS, comme pour les autres banques centrales, la hausse soutenue du prix de pétrole depuis décembre 2003 était un sujet de vive inquiétude. Cette menace étant visiblement écartée, une augmentation des taux directeurs paraît moins urgente.