Un report de quelques semaines. La publication du rapport annuel d’ABB est remise au 16 mars au plus tard. Pour les actionnaires d’ABB, c’est pour l’instant la seule conséquence financière du détournement de fonds découvert dans la filiale sud-coréenne du groupe d’ingénierie basé à Zurich.

Mercredi, ABB a annoncé le lancement d’une enquête sur des irrégularités financières commises par son trésorier local, qui ne s’est plus présenté à son poste de travail depuis le 7 février. Dans un communiqué, le groupe indique qu’il devra comptabiliser une charge exceptionnelle d’environ 100 millions de dollars. Des mesures ont été prises pour recouvrer les fonds et atténuer l’impact de cette affaire sur ses comptes. ABB confirme qu’après vérification, la situation est limitée à la Corée du Sud, où il emploie environ 800 personnes.

La bourse presque insensible

A la bourse suisse, cette annonce n’a que peu affecté l’action du groupe. Le titre a même ouvert en hausse. Dans l’après-midi, il reculait de 0,4%. Signe que pour les marchés financiers, l’image d’ABB n’est pas vraiment écornée par cette affaire. Quand bien même le groupe, actif notamment dans les infrastructures énergétiques et ferroviaires, a déjà été concerné par des actes illicites.

Pas plus tard que le 10 février, le bureau britannique des fraudes a annoncé l’ouverture d’une enquête portant sur les filiales locales d’ABB et leurs dirigeants, dans une affaire de corruption visant la société pétrolière monégasque Unaoil. Mercredi, la nouvelle malversation a fait les gros titres du site du Financial Times. Au vu de la proximité des deux événements, le quotidien britannique s’interroge: ABB a-t-il un problème chronique de surveillance interne?

Un acte isolé?

De l’avis de l’analyste de Vontobel, Panagiotis Spiliopoulos, cette histoire relève d’un acte isolé. Il ne remet pas en cause la gestion d’un groupe employant 132 000 personnes, actif dans une centaine de pays et qui a enregistré l’an dernier un bénéfice de presque 2 milliards de francs. «C’est malheureux. Mais il ne faut pas attendre un effet majeur à long terme. ABB a démontré sa stricte discipline sur les coûts et l’engagement de sa direction à générer à nouveau de la valeur.»

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Mercredi matin, dans un courrier adressé à ses employés dont le Financial Times a obtenu copie, le directeur général Ulrich Spiesshofer estime que les dégâts provoqués par la fraude en Corée du Sud sur la réputation d’ABB pourraient être plus importants que les dommages financiers. Il ajoute qu’au vu des sommes en jeu et du degré de sophistication de la fraude, «il est presque certain que l’employé n’agissait pas seul mais avec la complicité de tiers dans ou en dehors de l’entreprise».

Cevian l’activiste est en embuscade

Hasard du calendrier, c’est également mercredi qu’ABB a annoncé la nomination, sous réserve de l’approbation de ses actionnaires le 13 avril, du Suédois Lars Förberg. A priori anodine, l’arrivée du co-directeur du fonds d’investissement Cevian Capital pourrait faire bouger les positions établies. Cevian Capital, deuxième plus gros actionnaire du groupe, se distingue par son activisme au sein des sociétés dans lesquels il investit.

L’an dernier, il avait milité pour qu’ABB se sépare de sa division réseaux électriques Power Grids. La direction a finalement suivi la voie préconisée par son premier actionnaire, Investor AB, dont le représentant est vice-président du groupe depuis 2015. Les démarches de Cevian n’ont toutefois pas été vaines. Elles ont conduit ABB à augmenter, de 1 à 1,3 milliard de dollars, l’ampleur de son programme d’économies visant à réduire les coûts dans ses étages administratifs.

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