Pouvoir comparer les prix du mazout, une illusion? «Non», répondent en chœur deux Genevois qui entendent démocratiser cette pratique avec leur nouvelle plateforme internet. Baptisé Directmazout.ch, leur site a été lancé la semaine dernière. Ainsi, après avoir fortement bousculé, depuis une année, le marché des assurances avec leur site Billiga.ch, notamment au bout du lac, Cyril Déléaval et Sébastien Kügele souhaitent offrir un nouvel outil de comparaison aux consommateurs helvétiques. «Nous avons constaté qu’il y avait du potentiel dans le domaine de l’habitat», explique le premier. «C’est pourquoi nous commençons par le mazout.»

En Suisse, selon l’Office fédéral de la statistique, 50% du parc des habitations – ce chiffre est en constante diminution et le seuil pourrait être franchi à la baisse cette année – est encore chauffé au mazout. Ce qui signifie, pour les citoyens concernés: remplir la citerne au moment opportun. «Le prix varie presque à chaque minute, puisqu’il dépend des cours du pétrole, de la qualité (deux principales coexistent en Suisse), du transport et de la quantité souhaitée», rappelle Philippe Cordonier, responsable romand de l’Union pétrolière.

Directmazout annonce une vingtaine de marchands partenaires et se rémunère via une commission, de l’ordre de quelques dizaines de francs pour chaque affaire conclue. «C’est un marché qui bouge vite et les partenaires doivent être réactifs», estime Sébastien Kügele. Pour ce marchand genevois, qui préfère garder l’anonymat, proposer des prix sur Internet relève de l’absurde: «Nous recevons les prix des compagnies pétrolières vers 10h, puis cela bouge dans l’après-midi, puis à 17h.» Pour cet homme de terrain, la négociation n’est possible qu’en direct avec son fournisseur, par téléphone par exemple.

Mercredi dernier en fin de matinée, le prix pour 5000 litres qualité éco s’affichait à 105,50 francs pour 100 litres chez le meilleur prestataire de la nouvelle plate-forme internet, contre 105,90 francs chez Migrol. En effet, quelques revendeurs en gros (Migrol, Agrola, Coop, etc) réalisent également des propositions à durée limitée sur Internet. «Notre système va plus loin. Comme nous sommes indépendants, il permet une véritable comparaison», souligne Cyril Déléaval. «Nous souhaitons ainsi redonner du pouvoir au consommateur.»

Depuis le temps qu’il défend les intérêts de la branche, Philippe Cordonier a vu passer d’autres initiatives de ce type. Si la volatilité des prix constitue un frein au succès, il en voit un autre. «Le problème se situe au niveau des marges. Elles sont déjà extrêmement faibles. Si vous rajoutez un intermédiaire, ce n’est pas viable. Surtout que le nombre de litres est en diminution régulière, tout comme le nombre de marchands de combustibles [moins de 200 en Suisse].» Notons que, pour 100 litres à 100 francs environ, la marge commerciale est de 12 francs, selon le rapport trimestriel sur les énergies fossiles de la Confédération. Douze francs desquels il faut déduire le transport, le stockage, la distribution, les frais de personnel, etc, pour obtenir le bénéfice net.

Soit une marge de quelques francs. Mais suffisamment attrayante pour que les marchands se livrent une guerre sur les prix, comme le confirme notre marchand «mystère» genevois: «C’est très concurrentiel, en particulier sur les mois de décembre janvier et février.» Cette année, pour l’heure, c’est le mois de juin qui offrait les meilleurs prix (98 francs pour un volume de 3000 à 5000 litres), mais cela varie d’une année à l’autre. Deville-Mazout, à Vernier (GE), aux mains du groupe Socar, a choisi de répondre aux appels d’offres sur le nouveau site internet. «C’est vrai que nos marges sont faibles, mais ce canal nous permet de toucher une clientèle privée difficile à atteindre traditionnellement. Nous ne répercutons pas les coûts de l’intermédiaire, nous estimons, pour commencer, qu’il s’agit en quelque sorte de coûts de marketing déguisés», explique Denis Schenkel, directeur de la société.

Encore à ses balbutiements, cette plateforme genevoise est censée rendre cette bataille des prix plus transparente pour le propriétaire, qui choisira la meilleure enchère inversée en fonction de ses propres délais.

«Nous voulons redonnerdu pouvoir

au consommateur»