Mireille* est orthophoniste dans une localité romande. Elle travaille dans deux cantons. Elle fait partie de ces 270 000 indépendants (sur 330 000) qui sont passés jusqu’à maintenant entre les mailles du filet de sauvetage lancé par le Conseil fédéral. L’exercice de sa profession n’a pas été interdit par la Confédération, pas davantage que l’ergothérapie, l’ostéopathie, la physiothérapie et d’autres métiers tels que les chauffeurs de taxi. La Confédération n’a pas exigé qu’elle cesse de pratiquer, mais un des cantons lui a ordonné de fermer son cabinet et l’autre lui a signifié qu’elle ne pouvait plus s’occuper que des cas urgents.

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Du coup, elle ne peut plus s’occuper des enfants qui viennent la voir pour résoudre leurs problèmes de langage oral ou écrit. Tout au plus est-elle indemnisée par l’un des cantons pour l’équivalent de deux heures trente de prise en charge par enfant. Dans les faits, on l’empêche cependant de travailler, mais comme la logopédie-orthophonie, qui n’est pas régie de façon similaire dans tous les cantons, ne figure pas sur l’ordonnance du Conseil fédéral du 16 mars, qui liste les activités interdites pour raisons sanitaires, elle n’a pas accès aux allocations pour perte de gain (APG).

«Jusqu’à 90% de revenu en moins»

Elle entrevoit peut-être une lueur au bout du tunnel du coronavirus. Le chef du Département de l’économie, Guy Parmelin, a annoncé mercredi que ses services, en collaboration avec les départements des finances et de l’intérieur, allaient chercher une solution pour ces «indépendants dont l’activité n’a pas été interdite qui subissent des pertes de revenu allant jusqu’à 90%». Il reconnaît la nécessité d'«éviter les cas de rigueur» mais veut «délimiter clairement le cercle des ayants droit», définir le mode de dédommagement et voir dans quelle mesure les caisses de compensation cantonales, qui ont la responsabilité de verser les rentes AVS et AI, peuvent faire ce travail, a-t-il expliqué.

C’est l’une des nouvelles mesures annoncées mercredi par le Conseil fédéral. Le coût supplémentaire à la charge de l’APG n’est pas encore chiffré. Il s’ajoutera aux 4 milliards prévus pour les indépendants privés d’activité professionnelle. Le Conseil fédéral envisage également de réexaminer d’ici au 15 avril les soutiens accordés aux acteurs de la branche du voyage et de voir, d’ici au 8 mai, si les moyens alloués au sport et à la culture doivent être augmentés.

Pétition pour un «planton Wahlen»

Le Conseil fédéral cherche aussi une solution pour les start-up et a pris une série de décisions pour l’agriculture. Il accorde un crédit supplémentaire de 3 millions pour financer des campagnes de stockage de la viande dont la production a brusquement chuté à la suite de la fermeture des restaurants, principalement le veau, le cabri et les pièces nobles de bœuf. Le contingent tarifaire imposé aux œufs sera relevé afin de satisfaire l’accroissement de la demande. Certaines dispositions régissant l’importation de produits alimentaires seront assouplies afin de ne pas courir le moindre risque de pénurie si des difficultés d’approvisionnement devaient apparaître.

Par contre, le Conseil fédéral reste sourd à l’appel lancé par les producteurs de semences et de plantons. Dans une pétition signée par près de 25 000 personnes, ils demandent que ces produits soient autorisés à la vente. Emmenés par le député vert neuchâtelois Laurent Debrot, ils souhaitent que leur contribution à l’approvisionnement du pays soit reconnue, puisque les semis permettent à toute personne possédant un bout de terre de faire pousser des fruits ou des légumes. Une sorte de plan Wahlen au coronavirus, ou de «planton Wahlen». Guy Parmelin répond que la vente de ces produits a été prohibée en raison des règles de distance sanitaire à respecter. Mais il se dit prêt à réévaluer la situation le cas échéant.

La moitié des 20 milliards déjà libérés

La décision la plus importante sera communiquée ce vendredi. Le Conseil fédéral devrait augmenter le volume des cautionnements prévus pour résoudre les problèmes de liquidités des PME. Des 20 milliards mis à disposition sous forme de garanties, 10,6 milliards ont été libérés entre le 26 et le 31 mars. Cent dix-neuf banques ont accordé 53 750 crédits pour une somme moyenne de 198 000 francs.

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Il est très vite apparu que cette enveloppe ne suffirait pas. On s’attend à un ajout de plusieurs milliards de francs. Mais pas à fonds perdus, «ce serait dangereux pour la stabilité des finances fédérales et de la place économique», avertit Guy Parmelin. Quant au recours au chômage partiel, 86 190 entreprises en ont fait usage pour plus d’un million de salariés, ce qui représente 19,6% de la main-d’œuvre en Suisse.

* Prénom d'emprunt