«Amazon n'est pas le premier à offrir un service en ligne pour le public francophone. Il y a eu notamment BOL et alapage.com avant. Et pour l'instant, nous n'avons pas observé de conséquence sur notre travail.» Patrice Fehlmann, directeur général de l'Office du livre, le plus gros distributeur de livres de la région romande, ne craint pas la venue du géant californien en France: «C'est un acteur de plus et nous l'intégrerons dans notre réflexion, mais nous ne changerons pas de stratégie pour autant.» Tout juste concède-t-il que cette offre supplémentaire pourra affecter les canaux traditionnels du livre «à long terme».

Pour expliquer que les ventes de livres via le Net n'ont pas encore bousculé les libraires et les distributeurs, Patrice Fehlmann souligne que ces sites «s'adressent à un public qui n'allait plus dans les librairies». Une remarque que confirme Slobodan Despot, responsable des relations publiques de l'Age d'homme, qui ajoute: «Nous sommes éditeurs et distributeurs. Ce que nous perdons d'un côté, nous le regagnons d'un autre en étant vendus sur ces sites.»

A Forum 2000, librairie importante à Genève, Philippe Baumann, le gérant, confirme que la vente en ligne n'a pour l'heure pas modifié le comportement des clients. «A long terme, c'est la qualité du service et le prix qui feront la différence, affirme-t-il, et nous nous attacherons à améliorer ces deux aspects. Mais il faut donner du temps à ces nouveaux venus. Il faudra bien faire avec eux. Au lieu de se partager le gâteau en trois, ce sera en quatre.»

Si la vente en ligne tente de sauter par-dessus le réseau traditionnel, ce dernier ne reste pas sans bouger. Patrice Fehlmann est ainsi entré en contact avec BOL en proposant d'assurer toute la logistique pour la distribution du livre jusqu'au consommateur. Il s'est vu imposer un refus. «Apparemment, ils veulent tout faire tout seuls», constate-t-il.