Faillite

Comment une ONG genevoise est tombée en disgrâce

Les bailleurs de fonds du Centre international pour le commerce et le développement durable ont cessé leur financement à la suite d’un audit des comptes. Licenciés fin novembre sans plan social, les collaborateurs s’en remettent aux Prud’hommes à Genève

Pourquoi les bailleurs de fonds ont-ils fermé le robinet d’aide au Centre international pour le commerce et le développement durable (CICDD)? Privé de financement, ce centre de recherche spécialisé dans le commerce international a été contraint de mettre la clé sous le paillasson de façon inattendue le 30 novembre après vingt-deux ans d’activités à Genève. Dans la foulée, il a licencié ses 50 collaborateurs, sans avertissement, sans préavis, sans plan social.

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«Tous nos financements aux partenaires extérieurs font régulièrement l’objet d’un contrôle afin d’assurer les meilleurs résultats en matière de lutte contre la pauvreté et la meilleure utilisation de l’argent de nos contribuables, fait remarquer d’entrée au Temps un porte-parole de la division Coopération internationale du Royaume-Uni, l’un des principaux contributeurs. Nous avons suspendu le financement au CICDD parce qu’ils n’étaient pas capables de respecter nos standards de bonne gouvernance.»

Audit des comptes

Après la révélation sur les déconvenues du CICDD la semaine passée dans Le Temps, les langues se délient. Il apparaît que les bailleurs de fonds – outre le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède et la Finlande – réclament depuis plusieurs années une meilleure gestion financière. Entre-temps, ils avaient déjà sabré leurs subventions de 12 à 6 millions de francs par an. Faute de résultats, ils ont imposé un audit des comptes, qui a eu lieu en septembre dernier.

Selon nos informations, l’audit aurait mis le doigt notamment sur les salaires des dirigeants. A ce propos, Ricardo Melendez, directeur du CICDD, affirmait la semaine dernière au Temps que son salaire était comparable à ceux de ses collègues dans des institutions de même taille. Avec toutefois un supplément pour compenser les propositions d’emplois plus rémunérateurs qu’il avait refusés pour pouvoir rester au sein du CICDD. Notamment un portefeuille de ministre dans sa Colombie natale et un poste de direction d’une organisation onusienne.

Le couperet

Le rapport aurait également mis le doigt sur des crédits logements dont quelques cadres auraient bénéficié. «Des sommes à six chiffres», dénonce un collaborateur licencié.

Quoi qu’il en soit, à la suite de l’audit, les bailleurs de fonds ont exigé un plan d’assainissement financier. Apparemment, les réformes proposées n’étaient pas satisfaisantes. Le couperet est donc tombé mi-novembre.

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La direction du CICDD s’est alors mise à frapper à d’autres portes pour obtenir les millions manquants. En vain. Une réunion du conseil d’administration est alors convoquée d’urgence le 23 novembre. Une liquidatrice a été nommée, notamment pour opérer un licenciement collectif et effectuer les paiements en retard en consultation avec un juge genevois à qui revient le droit de prioriser les créditeurs. Ils seraient nombreux, selon notre source.

Requête aux Prud’hommes

A la même date, dans une lettre adressée aux collaborateurs, avec copie à l’Office cantonal de l’emploi de Genève, Ricardo Melendez annonce la dissolution du CICDD en raison «du retrait des bailleurs de fonds» et «des démarches infructueuses de trouver des sources alternatives». Il y promet aussi que tout sera fait pour payer les salaires de novembre ainsi que ceux des deux mois de dédit. «Sans garantie puisque le CICDD n’a pour l’heure pas les moyens pour effectuer les versements», avertit-il.

Les salaires pour le mois de novembre ont entre-temps été payés. La semaine passée, une vingtaine de licenciés ont déposé une requête de conciliation aux Prud’hommes pour non-paiement de délai du congé, afin de pouvoir toucher les indemnités chômage dès que possible. Une action collective devant la justice est également envisagée.

Nous avons recontacté Ricardo Melendez pour avoir sa réaction. Dans un message écrit, il se dit déçu par «les rumeurs et les supputations véhiculées par les anciens collaborateurs frustrés ainsi que par les ennemis politiques du CICDD».

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