L’empire du négoce de matières premières établi dans le havre fiscal de Zoug n’a pas attendu d’entrer en bourse, il y a un an, pour essuyer les rapports récurrents d’ONG dénonçant ses activités dans les pays du Sud. Global Wit­ness, l’une des plus actives d’entre elles, compte cependant utiliser le nouveau levier que représente la première assemblée générale de Glencore, mercredi, pour faire entendre sa voix.

L’organisation britannique exhorte ainsi les détenteurs d’actions du groupe – dont la valeur a baissé d’un quart depuis leur première cotation en mai 2011 – à «exiger que soient révélés les noms de tous les associés participant aux investissements [miniers] de Glencore – y compris ceux des bénéficiaires des sociétés avec lesquelles il traite». Selon l’ONG, ceci «répondrait en écho aux contrôles poussés exigés par le Bribery Act». Entré en vigueur l’été dernier, cet arsenal législatif britannique anti-corruption vise en effet également les sociétés enregistrées en Suisse mais cotées à Londres. Ce qui est le cas de la multinationale dont le siège est établi à Baar.

«Que voulez-vous que je vous dise? Une assemblée générale est précisément prévue pour que les actionnaires puissent poser des questions», rétorque un porte-parole de Glencore.

Très active dans la dénonciation de la corruption en Afrique, l’ONG incite en outre les actionnaires du groupe – dont le patron, Ivan Glasenberg, et ses lieutenants gardent en mains 37,6% du capital – à «demander un audit externe complet des activités en République démocratique du Congo depuis que Glencore y est présent en 2007». Global Witness demande la publication des bénéficiaires des sociétés ayant un lien avec les activités du géant des minerais dans ce pays.

Cette attention portée sur l’ex-Zaïre s’explique par le fait que Glencore y dispose de participations dans Kansuki et Mutanda, deux mines cruciales de la province du Katanga. Celles-ci pourraient accroître de 40% la production du cuivre du pays lorsqu’elles tourneront à plein.

Global Witness continue de questionner la vente «opaque» de ces mines par l’Etat congolais, à un «prix grandement sous-évalué», qui lui aurait causé «des milliards de dollars de manque à gagner». Ces transactions auraient en particulier impliqué Dan Gertler, un homme d’affaires ayant écumé les sites miniers d’un Congo alors en guerre. Et dont l’ONG mentionne les «liens d’amitié» avec le président Kabila, réélu à la tête de l’Etat en 2011.

L’ONG se penche ainsi sur l’obtention d’une participation de 37,5% dans la mine de Kansuki par Glencore. Celle-ci aurait «été sujette à des arrangements cachés concernant ses droits de propriété remontant au moins à 2006 et impliquant Monsieur Gertler», ce qui ferait peser sur Glencore le risque de soupçons «de complicité pour corruption».

Global Witness s’inquiète également du prix – 120 millions de dollars – auquel l’Etat congolais a vendu 20% du capital de l’autre mine, Mutanda, à une structure «proche de Dan Gertler». Ceci alors que l’évaluation totale du site figurant dans le prospectus d’entrée en bourse de Glencore – 3,6 milliards – laisse entendre que cette participation valait sept fois plus cher.

Chez Glencore, on se défend de «n’avoir jamais été impliqué dans ces transactions». Tout en précisant que les détails de celles réalisées par le groupe ont été décrits dans les 1600 pages de son document d’entrée en bourse.

La mine de Kansuki aurait «été sujette à des arrangements cachés concernant ses droits de propriété»