Depuis 2004, le cours de l'action Tornos a été multiplié par quatre. Par les temps qui courent, cela fait de la société une bonne cible de rachat...

On ne peut l'exclure, avec tout l'argent qui circule. Néanmoins, une telle opération sera difficile sans l'accord du management. Et pas sans risques. Tornos a traversé vingt ans de crise avant de se ressaisir. Elle se rapproche d'un bon niveau de fonctionnement mais n'y est pas encore. Il faut encore quelques années d'efforts pour que l'entreprise assure ses résultats même en changeant de mains. Nous avons assez transpiré en la relançant pour que nous ne la lâchions pas sans examiner à fond les offres qui surgiraient!

Comment réagissez-vous face aux prises de contrôle par des capitaux extérieurs?

C'est déjà le cas pour de nombreuses PME de la région. Je voudrais surtout que l'Arc jurassien acquière la culture financière qui lui fait défaut. La situation idéale serait que les capitaux extérieurs s'investissent ici, et vice-versa, pour que la région ne se trouve pas systématiquement dans le camp qui ne décide pas.

Les ventes de Tornos en Chine ont quadruplé en quatre ans, de 4 à 16% du chiffre d'affaires. Un documentaire, «Ma Mondialisation», reproche à l'entreprise de miner ainsi l'emploi des décolleteurs français. Qu'en dites-vous?

Qu'on ne peut jamais museler un marché. Le risque chinois existe de toute façon, avec ou sans Tornos. La seule réponse est de rester compétitif, chacun dans son domaine.

Tornos innove dans le milieu de gamme, une approche encore rare en Suisse où l'on aime les machines sophistiquées... et chères.

La tendance à «monter en gamme» est naturelle... y compris chez nos concurrents asiatiques, qui sont partis d'en bas. Or il n'est pas question de laisser grignoter le segment moyen et de se faire éjecter du marché «par le haut».

Ce qui amène au projet de renforcer le «swiss made» horloger, à la demande des fabricants haut de gamme. Votre avis?

Je pense que la position de la Fédération horlogère comporte certains risques. En proposant un saut aussi important dans le pourcentage de composants donnant droit au «swiss made», on peut déstabiliser le secteur, exclure des fabricants, chasser le moyen de gamme. A terme, c'est le segment supérieur qui en souffrira.