Loin d'incommoder le Conseil fédéral, la menace brandie jeudi par les banquiers privés de lancer un référendum contre le produit des négociations bilatérales Suisse-UE sur la fiscalité de l'épargne semble de nature à asseoir sa position dans le difficile bras de fer engagé avec Bruxelles. A l'instar de la proposition de l'UDC d'ancrer le secret bancaire dans la Constitution fédérale – applaudie naguère par economiesuisse –, elle propage à l'étranger l'image d'un gouvernement helvétique qui a totalement épuisé voire outrepassé sa marge de manœuvre pour faire des concessions du point de vue intérieur. Un signal bienvenu à quelques jours d'une réunion potentiellement cruciale pour la suite des opérations entre les ministres des Finances des Quinze (sommet Ecofin de mardi prochain).

«Je ne crois toutefois pas que la prise de position des banquiers privés soit une simple mise en scène. Ils pensent vraiment que les bornes de l'admissible sont sur le point d'être franchies ou l'ont déjà été», estime le président de l'UDC, Ueli Maurer. «Les banquiers privés sont sérieusement excédés», estime également Rudolf Strahm (PS/BE), avant d'ajouter: «Ils me font penser à l'industrie fromagère. Au lieu de se diversifier enfin, ils font des pieds et des mains pour maintenir les structures existantes, ne percevant pas que le temps de la monoculture (la gestion de fortune reposant sur la soustraction fiscale) est révolu.»

Auprès de l'exécutif, on se refuse à commenter la démarche des banquiers privés dans le détail, l'annonce d'un référendum «n'ayant pas de caractère définitif». En outre, «il serait faux que le gouvernement condamne l'intention annoncée par un groupe particulier de faire potentiellement usage d'un droit constitutionnel», ajoute Daniel Eckmann, le bras droit du ministre des Finances, Kaspar Villiger.

«Plus de divergences»

Sur le fond, Ueli Maurer constate qu'«il n'y a plus de divergence entre la position des banquiers privés et celle de l'UDC.» «Nous avons dit dès le début que la mise en place d'un prélèvement d'un impôt à la source des capitaux étrangers constituait un premier pas vers l'abolition du secret bancaire», précise-t-il.

Chez les radicaux, on n'écarte pas d'emblée un éventuel soutien au référendum si le secret bancaire venait à être «affaibli de manière intolérable». «C'est une option aussi pour nous», précise le secrétaire général, Guido Schommer. Une chose est claire: «Un référendum aurait nettement plus d'avantages que la proposition (de l'UDC) d'ancrer dans la Constitution le secret bancaire. Il rendrait cette dernière superflue.»

Au PDC, on estime que parler de référendum «n'a pas de sens à ce stade dès lors que la négociation n'est pas bouclée». «Au niveau du sens de la poussée, je ne vois toutefois pas quel autre chemin praticable nous pourrions emprunter que celui tracé par Kaspar Villiger», estime Felix Walker (PDC/SG).