PSA Peugeot Citroën a dévoilé mercredi l’ampleur de ses difficultés financières, mises en doute par le gouvernement, avec une lourde perte au premier semestre liée à la morosité des marchés en Europe qui le conduit à tailler dans ses effectifs et ses investissements. Le premier constructeur automobile français a essuyé une perte nette 819 millions d’euros, contre un bénéfice net de 806 millions au premier semestre 2011.

Cela n’a pas empêché l’action de progresser à la Bourse de Paris, le titre, éreinté ces dernières semaines, progressait de 3,78% à 6.48 euros vers 10h00, soit la plus forte hausse du CAC 40. «Le groupe a passé beaucoup de mauvaises nouvelles dans ces résultats. En plus, un cours à 6 euros intègre déjà quelques catastrophes», souligne Xavier de Villepion, vendeur d’actions chez Global Equities, afin d’expliquer la hausse du titre. «Maintenant, les investisseurs se tournent vers le redressement du groupe, qui va être long», selon lui.

C’était sans compter sur la dégradation de la note du groupe par Fitch d’un cran, de BB+ à BB, après la publication de résultats semestriels décevants. Le titre du constructeur automobile PSA Peugeot Citroën a alors effacé tous ses gains et est passé dans le rouge mercredi à la mi-journée à la Bourse de Paris, dans la foulée de la dégradation de la note du groupe par l’agence de notation Fitch. A 12h54 (10h54 GMT), la valeur perdait 0,64% à 6,20 euros, tandis que le CAC 40 rebondissait de 0,74%.

Le chiffre d’affaires total a, quant à lui, reculé de 5,1% à 29,6 milliards d’euros. «Nous avons besoin de rétablir notre rentabilité automobile», a indiqué le président du directoire Philippe Varin lors d’une conférence d’analystes. C’est cette nécessité qui a conduit le groupe à présenter le 12 juillet un plan de réorganisation en France qui a fait l’effet d’une bombe et a valu à PSA de vives critiques du gouvernement. «Le gouvernement joue son rôle», a estimé M. Varin.

La suppression prévue de 8000 postes dans l’Hexagone, l’arrêt de la production à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et la baisse de la production à Rennes (Ille-et-Vilaine) font l’objet d’un nouveau comité central d’entreprise (CCE) extraordinaire en cours à Paris.

PSA a dévoilé mercredi un nouveau plan à l’horizon 2015 de 1,5 milliard d’euros qui doit permettre «de dégager un flux de trésorerie opérationnel à l’équilibre à fin 2014». C’est-à-dire que le groupe compte ne plus subir de saignée financière à cette date.

Outre les réductions de postes en France, dont l’impact est estimé à 600 millions, PSA va réduire ses investissements (Capex) de 550 millions d’euros. «Nous étions à un pic d’investissements en 2011-2012» et il était prévu qu’ils diminuent, a justifié M. de Chatillon. 350 millions supplémentaires viendront d’une «optimisation des coûts de production» grâce à l’alliance conclue cette année avec General Motors au début de l’année.

Manifestation devant le siège du groupe

Des centaines de salariés de PSA Peugeot Citroën ont crié leur «colère» mercredi devant le siège parisien, où les salariés d’Aulnay ont notamment retrouvé leurs collègues de Rennes, partis dès l’aube en car. Tendue sur la grande façade de verre du siège, une banderole proclamait: «Non à la fermeture de PSA Aulnay», tandis que dans un brouhaha terrible certains salariés criaient «Varin assassin!» à l’attention du président du directoire Philippe Varin.

Vers 9h30, une centaine de salariés étaient arrivés en car de Rennes. Le site doit perdre 1400 postes sur 5600, dans le cadre du projet du constructeur visant à supprimer 8000 postes dans l’Hexagone, détaillé mercredi lors d’un Comité central d’entreprise.

Une bande-son diffusait «Les mains d’or» et son refrain «travailler encore» de Bernard Lavilliers. Ce dernier a décidé d’annuler le concert qu’il devait donner pour le centenaire de l’usine Peugeot à Sochaux (Doubs) en soutien aux salariés du groupe.

«On est en colère. Il y a un vrai ras-le-bol», a déclaré à l’AFP Jean-Pierre Girard, employé à Rennes depuis 35 ans. «C’est le troisième plan à Rennes. Vous vous rendez compte? On nous demande toujours plus», a ajouté le salarié, tenant une canne sur laquelle était fixé un enjoliveur et à laquelle étaient accrochées des petites peluches de lions, l’emblème de Peugeot.

«Un emploi supprimé à la Janais (le site de Rennes), c’est quatre salariés qui vont en souffrir à l’extérieur», a-t-il ajouté. «S’il y a une vague de mauvaises nouvelles chez PSA, ça va forcément nous arriver dessus. Après, ça va toucher tous les sous-traitants qui sont en dessous de nous», a abondé Thierry Kaldeziejek, équipementier automobile de rang 1 (livrant PSA directement), venu lui aussi d’Ille-et-Vilaine.

Des centaines d’ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois, qui emploie 3000 personnes en Seine-Saint-Denis et où la production doit cesser en 2014, les ont rejoints dans la matinée devant le siège.

La CGT espérait réunir «au moins un millier» de personnes venues de ces deux sites mais également «d’autres sites». Le comité central d’entreprise (CCE), qui a débuté à 09h00 au siège, doit détailler «le projet de réorganisation des activités industrielles et de réduction des effectifs», et les orientations stratégiques.

Les syndicats ont chargé le cabinet d’expert Secafi d’enquêter sur la situation économique et financière du groupe, repoussant du même coup la consultation des élus sur les suppressions de postes.