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Manifestation dans les rues de Genève à l’occasion de la journée internationale des femmes.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Études

Une piste pour relancer la croissance en Europe: briser le plafond de verre

Une meilleure intégration des femmes dans l’économie peut améliorer la rentabilité des entreprises, estime le Fonds monétaire international

Ce mardi 8 mars: journées internationale des femmes. Les multinationales et les organisations internationales en ont appelé à davantage d’égalité des genres. Chiffres et analyses à l’appui. Dans ce magma de bonnes intentions, une étude publiée par le Fonds monétaire international (FMI) sort du lot. Son originalité: l’Europe peine à se redresser son économie, la population vieillissante du continent n’arrange rien, pas plus que le recul de la croissance de sa productivité… Est-ce qu’améliorer l’égalité des genres dans le monde du travail aiderait à la reprise? Selon le FMI la réponse est oui. À condition toutefois d’offrir aux femmes un meilleur accès à des postes à responsabilités, notamment. Explications.

Lire aussi: Pas d’égalité des sexes au travail avant 2095

Les analystes de l’institution basée à Washington relèvent en effet une «forte corrélation positive» entre les performances financières du secteur privé et la diversité de genre au sein des directions d’entreprises. Phénomène empirique qui s’observe – sur la base de données fournie par plus de deux millions d’entreprises – dans des secteurs à plus forte présence féminine, comme celui des services, soit là où la complémentarité des compétences est de rigueur. À l’inverse, les industries à haute concentration de matière grise, comme celle des technologies de pointe feraient preuve de moins de créativité et d’innovation s’il n’engageait pas des femmes.

L’emploi féminin, pour gagner 12% de PIB

Dans un contexte de nombre de retraités grandissant rapidement, augmenter la part des femmes dans l’économie permettrait d’une part de limiter les effets de l’érosion de la main-d’œuvre disponible en Europe. Ce qui, mécaniquement, augmenterait de 6% la population active, estime le FMI. Mieux: si l’on éliminait en même temps l’écart de temps de travail avec les hommes – les femmes, davantage confinées à des taux d’occupation partiels, font moins d’heures de bureau –, la hausse irait jusqu’à 15%. Par ailleurs, briser le plafond de verre viendrait à améliorer la rentabilité des entreprises. En effet, sur 100 membres de conseils d’administration de grandes sociétés cotées, seuls 23 étaient de sexe féminin, d’après un pointage européen effectué en avril dernier. Conséquence d’une mise en œuvre toutes ces mesures à l’échelle mondiale: une augmentation des richesses de 12% à l’horizon 2030, selon les calculs de l’OCDE.

Pour l’heure, force est de constater que dans de nombreux pays européens la réduction des discriminations professionnelles par rapport aux hommes a pris un sérieux retard. Ceci, malgré des progrès dans la répartition des investissements dans le capital humain, le recul de la natalité, l’évolution de certaines normes sociales et la réduction de barrières au monde du travail, énumère le FMI. «L’emploi féminin n’est pas qu’une affaire de choix, c’est aussi une question de réglementation», résument ses économistes. Exemples: les politiques fiscales à l’égard des secondes sources de revenus et de services publics permettant de combiner vie professionnelle avec contraintes domestiques.

En Suisse, l’emploi féminin continue aussi de stagner, dénonce le cabinet zurichois Guido Schilling. Dans son enquête 2016 publiée mardi, la société spécialisée dans la sélection de hauts cadres déplore la quasi-absence de nouvelles recrues féminines à des postes stratégiques (entre 4% et 6% du total des candidatures reçues pour des fonctions de gestion ou de direction). Il salue toutefois les efforts accomplis visant à intégrer davantage de femmes dans les Conseil d’administrations, dont la proportion dans les 100 plus grandes entreprises du pays de dix points de pourcentage en un an, à 23%, mais avec potentiel d’amélioration estimé à +16%.

La 4e révolution industrielle, ennemie des femmes?

De son côté, l’Organisation internationale du travail (OIT) a étudié et comparé les conditions d’emploi féminin dans 178 pays. Dans son rapport rendu public mardi, l’agence spécialisée de l’ONU en a conclu que ces vingt dernières années, les femmes ont sensiblement amélioré leur accès à la formation. Toutefois, signale l’entité sise à Genève, ce progrès ne s’est traduit par une amélioration de leurs carrières. À l’échelle mondiale, l’écart d’emploi entre les sexes s’est uniquement réduit de 0,6 point de pourcentage depuis 1995. L’an passé, 46% de la population féminine disposait d’un travail rémunéré, contre 72% pour les hommes. Pire: non seulement les femmes effectuent davantage d’heures de travail hebdomadaire non rémunérées (tâches domestiques, au détriment d’une activité professionnelle), mais elles représentent aussi 57% de la main-d’œuvre à temps partiel. L’impact de ce phénomène s’annonce, à en croire l’OIT, considérable à long terme, les femmes cotisant beaucoup moins pour leur retraite. À ce jour, ces dernières représentent 65% de la population en âge de ne plus travailler, soit 200 millions d’individus sans revenu régulier, contre 115 millions pour les hommes.

Plus étonnant: les nouvelles technologies sont un handicap pour les femmes, relève également l’OIT. L’évolution nette des niveaux d’emplois liée à la numérisation de l’économie depuis 1995 a été deux fois plus importante pour les hommes (382 millions d’individus) que pour les femmes (191 millions). Ceci, indépendamment de la qualification exigée pour ces nouveaux postes de travail. «L’accès des femmes à une carrière de meilleure qualité a cessé de progresser ces vingt dernières années», résume l’OIT. Sachant que globalement, les femmes continuent de gagner en moyenne 77% des salaires masculins, peu importe leur âge et leur niveau de formation. Selon l’OIT, il faudra 70 ans pour résorber complètement cette discrimination.

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