Au début du millénaire, la place suisse ne sait encore rien des foudres qui vont s’abattre sur elle dans les années à venir. Désespérés par des finances publiques malmenées par la crise financière et le sauvetage de certaines banques, les gouvernements veulent remettre la main sur l’argent de l’évasion fiscale.

En 2000, le mot d’ordre est toujours qu’il y a une distinction à faire entre évasion et fraude fiscale. Les banques de place ferment ainsi les yeux sur l’évasion fiscale, qui consiste seulement à «oublier» de déclarer une partie de sa fortune.

Cela ne signifie pas que l’ensemble de la profession recommande un tel modèle d’affaires. En 1989 déjà, dans les colonnes de L’Hebdo, George Blum, alors à la tête de la SBS, expliquait que le pays devrait un jour se passer de son particularisme. «Il serait vain de spéculer sur un avantage déterminant que nous conférerait le secret bancaire.» Ce n’est pas une voix totalement isolée, mais cela n’empêche pas la place de s’en préoccuper modérément. En 2001, Raymond Bär, ex-président du conseil d’administration de la banque Julius Bär, estime que la moitié des avoirs que gèrent les établissements helvétiques ne sont pas déclarés. En ce qui concerne, sa propre banque, il évalue à un quart les fonds qui se situent dans cette «zone grise». En termes de fonds sous gestion, la Suisse atteint un sommet en 2007 avec 7073 milliards de francs dans ses coffres.

Puis, vient la crise et le premier coup porté au secret bancaire se produit en mars 2009, alors que le Conseil fédéral, sous pression des autorités américaines pourchassant des clients d’UBS, est forcé d’abandonner la distinction entre fraude et évasion fiscale. Sous pression de l’OCDE et d’autres Etats, la Suisse doit renégocier des traités de double imposition pour s’éviter un classement dans une liste noire de paradis fiscaux. Puis, alors que les banques s’adaptent avec plus ou moins d’aisance à la nouvelle réalité de la transparence fiscale, Berne doit accepter l’échange automatique d’informations.

Avec des marges sous pression, les banquiers doivent changer de modèles. Avec un effet très net sur le nombre d’acteurs: la Suisse comptait 375 en 2000, elle en dénombre 100 de moins à fin 2014, selon les statistiques de la BNS. Et d’après le baromètre des banques 2015 de l’ASB, la place employait 104053 personnes et gérait 6656 milliards de francs. Contre 103875 employés. Quant à la part de marché de la Suisse dans la gestion de fortune transfrontalière, elle se maintient autour de 25%, la place restant ainsi leader de ce domaine.